Pourquoi je ne suis pas le boycott ou les dilemmes du supporter sochalien

Je ne suis pas le boycott des abonnements décrétés par la Tribune Nord. Pour la raison toute simple, que ma décision était prise avant. Je pourrais dire : « je ne le suis pas, je le précède », mais la formule serait inexacte. Ma décision était prise, comme d’autres, à titre individuel – j’appelais ça « objection de conscience ». La Tribune Nord appelle à quelque chose de beaucoup plus exigeant : une réaction collective.

Je suis favorable au boycott. Je pense que la décision de la tribune Nord a le mérite de la cohérence. Mais c’est aussi une décision d’une difficulté extrême. Parce qu’elle demande aux premiers concernés un sacrifice considérable. Parce que le supportérisme sochalien est fracturé par l’arrivée de Baskonia. Et que dans ces conditions, il est très compliqué de convaincre.

Tout le monde se fout sur la gueule en ce moment. Entre la « team des chômeurs qui reviendront sucer la bite de Baskonia en cas de bons résultats » (sic) – à laquelle je suis assimilé – et les « bénis oui oui et collabos de Basko », les noms d’oiseaux volent bas. Le forum de Planète Sochaux offre une belle illustration de la guerre de tranchées.

A lire les commentaires plus ou moins virulents, mon impression est que trois positions entrent en conflit. Qui touchent, à chaque fois, à des valeurs, des engagements ancrés ; ce qui explique la virulence des réactions. Ce sont nos raisons d’aller au stade qui sont touchées.

Elles pouvaient cohabiter, dans le meilleur des cas se prêter main forte l’une l’autre. L’arrivée de Baskonia les met structurellement en conflit. D’où le sac de nœud actuel. Pourquoi Sochaux ? Pour chacun d’entre nous, il y a plusieurs raisons, mais telle ou telle valeur prime.

Quel supporter êtes-vous ?

Pourquoi aller au stade ? Il y a une première motivation évidente, qui tient au spectacle sportif. Il n’aura échappé à personne que ça n’a pas été brillant ces dernières années et que ce public-là a globalement déserté, pour revenir lors des affiches de coupe.

Ceux qui restent se nourrissent aujourd’hui du frisson de l’inconnu : peut-être que parmi tous ces joueurs exotiques que Baskonia fait venir, il y aura une pépite ? Et puis, regardez, les matchs de préparations sont bons ? Et la préparation a commencé tôt, etc, etc. C’est toute la mécanique de l’espoir des débuts de saison qui chantent : « Celle-ci, ce sera la bonne. » Ça marche pour tous les supporters, année après année. L’espoir est la drogue dure de juin-juillet. Aujourd’hui, les « spectateurs sportifs » nous disent : « ça peut marcher, laissez les travailler, on jugera en décembre ».

Deuxième raison d’aller au stade : les « couleurs ». « Sochaux reste mon club, quoi qu’il arrive. Ce qui se passe à l’intérieur ne me concerne pas. J’y venais avec mon père, ma mère, mon grand-père. Tant que ça joue en jaune et bleu et que ça continue saison après saison, je serai là. » On trouve sur Planète Sochaux quelques versions chimiquement pures de cet argument des « couleurs ». Et ce groupe de supporters reproche aux partisans du boycott de déserter devant l’adversité.

Troisième groupe, les supporters des « valeurs ». Ceux-là se reconnaissent dans Sochaux non seulement parce que ça joue en jaune et bleu, mais parce que le club représente le football populaire, un modèle basé sur la formation, qu’il exprime le travail et les compétences d’une région. Pour tous ceux-là, le modèle de multi-propriété porté par Baskonia arrive comme la négation même de leur engagement de supporter. Parce qu’il crée un club hors-sol, aussi bien au niveau des joueurs que de la direction. C’est comme si on pouvait télécharger un club de foot sur un territoire. A quoi bon avoir un club espagnol à Sochaux ? A quoi bon avoir un club s’il n’exprime pas son territoire ?

Le modèle de Baskonia implique que la logique de spéculation devient la première clé de construction de l’effectif, avec des joueurs qui circulent de clubs en clubs en espérant qu’ils finissent par prendre de la valeur. Dans la logique de la multi-propriété, le club satellite sert aussi de base de scouting et de détection pour ajouter des joueurs au portefeuille. A Sochaux, il y a l’avantage, de surcroît, de mettre la main sur le centre de formation.

Pour chacune de ces catégories de supporters, le principe de multi-propriété fait peser des contraintes différentes et plus ou moins lourdes sur leur engagement. Essayons de faire le point des enjeux.

Multi-propriété et performance sportive

Les supporters du « spectacle sportif » peuvent s’accommoder de Baskonia, et plus si affinités en cas de bons résultats sportifs. Pour eux, toute la question est de savoir si le modèle de Baskonia peut produire des résultats positifs.

En matière de multi-propriété, l’expérience est contrastée. Si Baskonia mettait en avant son succès à Rudes, l’argument est plus difficile à faire valoir aujourd’hui que le club croate a été abandonné en rase campagne, avec un seul joueur sous contrat. Quant à Hercules, l’autre satellite de Baskonia végète en D3 finlandaise, sans que personne ne soit capable d’expliquer ce qu’ils font là-bas.

Le problème structurel de la multipropriété, en termes de performance, n’est pas compliqué à comprendre. Il tient au conflit d’intérêt entre clubs satellite et club principal. Dans le cas le plus extrême, un club satellite peut être directement empêché dans son développement par les intérêts du club principal. Lorsque Chelsea, par exemple, est soupçonné d’avoir interdit au Vitesse Arnhem de gagner le championnat pour ne pas enfreindre les règlements UEFA qui refusent que deux clubs liés puissent participer à la même compétition.

Comme le résumait à l’époque le président du club : « à Arnhem, c’est bel et bien Chelsea qui commande. Chelsea assume une partie de la masse salariale de Vitesse et prête un certain nombre de ses joueurs. Mais ce qui compte, c’est le bon développement de ses joueurs et non que Vitesse soit champion. »

Tout est dit. Dans le cas de Sochaux, on objectera qu’il y a de la marge entre végéter en Ligue 2 et faire concurrence à Alaves en Liga. Ceci dit, si le club devait se développer, les conflits d’intérêts se multiplieraient. De quelles garanties disposent les clubs satellites ? Aucune. Ils sont totalement livrés au bon vouloir du club principal. C’est là, le problème.

Il a pu arriver parfois que les hiérarchies s’inversent temporairement. Ce qui a été le cas entre Udinese et Watford, chez les pionniers de la multipropriété, la famille Pozzo. Les fans d’Udinese ont pu reprocher à leur propriétaire d’affecter aux clubs satellites des ressources qui auraient pu être utiles au club principal. Il est amusant de voir, aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, certains fans d’Alaves s’inquiéter du fait que l’on ne parle que de Sochaux pour le mercato en ce moment.

Sur le plan des résultats et du spectacle sportif, la multipropriété est un frein structurel au développement du club satellite, dès lors que club satellite et club principal entrent dans une zone concurrentielle. Cela pourrait le devenir, en cas de réussite sportive à Sochaux… ou d’échec en Liga.

Un autre facteur aggravant tient aux capacités de Baskonia. Baskonia n’est pas Manchester City : leurs capacités financières, comme leur portefeuille de joueurs, sont beaucoup plus limités. On le voit aux joueurs prêtés, dont le CV fait état d’échecs et de rotations rapides de clubs en clubs. Au mieux, il s’agit d’éternels espoirs, mais nous sommes loin de valeurs sûres ou même de pépites. Le pari n’est pas gagné, et les partisans du « sportif » doivent espérer que Baskonia n’a pas méjugé le niveau et les contraintes de la Ligue 2.

Conserver les couleurs : sincérité ou marketing ?

Les supporters des « couleurs » peuvent aussi s’accommoder de Baskonia, à la condition que ces derniers laissent intacts les éléments d’identité formelle. Leur position me paraît cependant plutôt inconfortable : où commence et où s’arrête l’identité ? Si l’on touche aux jeunes du centre de formation, est-ce qu’on touche à l’identité ? Si les anciens sont écartés d’un staff devenu 100 % espagnol, est-ce qu’on touche à l’identité ? Et ainsi de suite. C’est un vieux dilemme philosophique : quand je change progressivement toutes les pièces de mon bateau, celui-ci reste-t-il le même ? A partir de quand devient-il un autre ? Surtout qu’en l’occurrence, le bateau change de cap, d’équipage et de capitaine.

Vis-à-vis des supporters des « couleurs », du moins ceux qui se satisfont de peu, Baskonia a plutôt une situation relativement facile à gérer : il leur suffit de faire étalage de « jaune et bleu » à la moindre occasion. Le projet de « branding » du stade, avec sièges repeints aux couleurs locales, relève de cette stratégie de « jaune et bleu washing ». Tout change à l’intérieur, mais les apparences sont sauves.

A l’heure actuelle, le bilan me paraît mitigé. La communication a été gérée de manière médiocre : arrivée massive de joueurs étrangers, parachutés sans explications, qui a déboussolé même les plus endurcis, vidéo en espagnol non sous-titrée, campagne d’abonnements avec un logo et un slogan qui relèvent plus de la contre-façon que de l’authenticité. Il est possible de singer les éléments d’identité, il est plus difficile de s’en imprégner, au moins à court terme.

Dans les modèles de multi-propriété, la version diamétralement opposée est celle du Red Bull, qui ne fait pas semblant et se sert des clubs dans une stratégie de marque. Cette brutalité possède au moins le mérite de la franchise. Elle a poussé supporters des « couleurs » et des « valeurs » à s’unir pour recréer des clubs, scénario qui n’a jamais été sérieusement envisagé ici.

Le modèle Baskonia est-il compatible avec le football « des valeurs » ?

Autant les supporters du « sportif » et des « couleurs » peuvent trouver des accommodements avec Baskonia, autant du côté des « valeurs » il me semble qu’il n’y a pas grand-chose à négocier, tant le modèle est antinomique.

Époque Sociochaux, je m’étais demandé ce qui serait, de notre point de vue, débattable : quelles genres de garanties il serait raisonnable de demander ? Malheureusement, si on prend le temps d’y réfléchir cinq minutes, tout ce qui serait nécessaire pour garantir une forme d’autonomie du FCSM et de respect de ses intérêts entre en conflit direct avec la logique de la multi-propriété et d’une politique globale du club dictée par Baskonia.

A l’heure actuelle, de quelles garanties dispose Sochaux pour préserver ses intérêts vitaux, ou même tout simplement ses secrets d’affaire, ses données juridiques, financières à l’heure où Baskonia déploie ses propres systèmes informatiques au club ? Aucune. La convention de gestion signée avec Li apporterait peut-être quelques réponses, mais les engagements de transparence clamés la main sur le cœur à la signature de la convention sont restés lettre morte. Et quand bien même pourraient être ajoutées des garanties, lesquelles, dès lors que la politique sportive et tous les leviers de pouvoir reviennent à Baskonia ?

Face à cette opposition au modèle de la multipropriété, Baskonia ou ses aficionados locaux font valoir deux grands types d’arguments.

« Oui, mais sans Baskonia le club va à la faillite »

Le premier argument joue sur la fibre dramatique : « supporters ingrats, de quoi vous plaignez-vous ? Baskonia est venu sauver le club, qui sinon courrait à la faillite. » Cela a été un des axes de la conférence de presse de Kerejeta : « Baskonia ou la mort ». Présentée ainsi, l’alternative parle très directement aux supporters des « couleurs », qui s’étaient rangés au combat contre Li par peur de la disparition. La perspective annoncée d’un rachat par Baskonia leur donne, de plus, des gages quant à la « survie » du club.

Le problème de cet argument est qu’il est factuellement faux, en ce qu’il décrète qu’il n’y avait pas d’alternative à Baskonia. Face à la mort, il semble qu’il soit raisonnable d’accepter n’importe quel remède, encore que le dilemme laisse place à la discussion éthique. Mais la position officielle de Baskonia travestit la réalité : Li a refusé à de nombreuses reprises de vendre le club. Sans entrer dans le débat sur la qualité des repreneurs et des projets alternatifs – s’il y avait une solution simple et clé en main, cela se saurait – force est de constater que Baskonia n’était pas seul en scène.

Si l’on écarte les récits à faire peur de Baskonia, la vérité oblige à dire que Baskonia sert pour l’instant les intérêts de Li. De fait, Baskonia lui a permis de se dégager d’une pression à la vente qui devenait de plus en plus intense, et autour de laquelle les acteurs régionaux étaient à peu près parvenu à s’unir. De quoi Baskonia est-il est le sauveur ? Du club ou de Li ? Pour l’instant, c’est Li qui se sort d’une situation qui devenait explosive grâce à ses nouveaux partenaires.

La réalité est cruelle. Baskonia s’enorgueillit à juste titre d’être venu au secours du Deportivo Alaves, amené à la faillite par la gestion calamiteuse de Dimitry Piterman. Aujourd’hui, la situation est inversée : c’est Baskonia qui vient au secours de Li, notre Piterman local et qui lui permet de continuer ses affaires. Li se laissera-t-il tordre la main par les annonces de rachat de Kerejeta ? Avec Li, tout le monde est face à l’inconnu. Et Baskonia eux-mêmes pourraient bien se faire avoir sur ce plan.

« Vous critiquez, mais Baskonia fait ce qu’il faut pour sauver le club »

Le deuxième grand argument des pro-Baskonia repose sur l’impératif d’une gestion rigoureuse. « Le club perd 4 à 6 millions par an, ce n’est pas soutenable, nous sommes obligés de réduire les coûts. Ceux qui s’y opposent sont de doux rêveurs. » Cet argument me hérisse le poil, pour plusieurs raisons.

La première est que pour avoir examiné les comptes du FCSM, année après année, nous sommes loin de découvrir la situation, comme on essaye de nous le faire croire. Nous arrivions exactement aux mêmes conclusions que Baskonia : « Le FCSM est au bout de son modèle économique actuel. La fuite en avant va devoir s’arrêter. L’équation sera la même pour un nouvel actionnaire, qui devra être prêt à mettre bon an, mal an, 4M€ sur la table chaque saison de L2 ou à faire évoluer le modèle économique du club. »

Trois éléments sont à prendre compte. Premièrement, le tableau est parfois abusivement noirci au plan économique. Je pense aux slides folkoriques présentées par Kerejeta qui ont amusé la galerie sur les sommes perdues sur les transferts ces dernières années, sans que personne ne bronche cependant dans l’auditoire.

De plus, les transferts de Bakambu, Ekambi, Roussillon, etc, qui sont le résultat du travail passé, vont apporter une manne considérable cette saison, sans même parler du pactole du litige avec la FFF, auquel il serait fort étonnant de voir Li renoncer pour les beaux yeux de Baskonia. Il y a de la valeur potentielle au club. En rachetant la vieille bicoque qui ne paye pas de mine, le bon investisseur peut espérer déterrer quelques lingots à la cave.

Deuxièmement, si Baskonia fait ce qu’il faut en matière de renégociation des contrats, pour autant qu’ils ne transgressent pas les normes du droit du travail dans leur euphorie de cost-killers, il n’y a rien de magique ici qui ne pourrait être fait par d’autres. Dans la mesure où Baskonia n’investit pas dans le club, il n’y a pas de raison spéciale de leur être redevable. N’importe qui, qui aurait pris le club sans capacité d’investissement, aurait du procéder aux mêmes coupes dans la gestion. Venir en sauveur, sans mettre un centime, en étant payé par le club pour profiter de ses infrastructures, salarier ses joueurs et ses employés, c’est s’acheter un rôle de chevalier blanc à très bon marché.

Troisièmement, l’un des grands points d’inquiétude sur la politique de réduction des coûts tient à l’affaiblissement de l’ancrage régional. Si, à court terme, il n’y a pas de doute qu’il vaut mieux faire travailler une société espagnole qu’une boîte du coin, qui ne saurait proposer des tarifs compétitifs, ce sont aussi, à moyen terme, les liens avec l’environnement régional qui sont abîmés. Et si demain le club devait sombrer, Baskonia quittant le navire comme ils l’ont fait à Rudes, qui se bougerait encore pour relever un club hors-sol et déraciné ?

Comprendre le mouvement des supporters

Voilà ce qui me semble être un panorama des controverses actuelles. Je peux comprendre la surprise de Baskonia en arrivant ici. Qui s’attendait sans doute à être accueilli en sauveur, et qui tombe sur des supporters qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas : la gestion du club, son modèle économique, son identité pas seulement de façade, ses structures et les scénarios pour sa pérennité.

Les Basques arrivent après trois ans de mouvement des supporters. Les mêmes supporters qui ont réclamé, dès la motion adressée à Tech Pro, des garanties, qui ont réfléchi et fait des propositions sur les structures que le club devrait mettre en place, la nécessité d’un directeur sportif, face au vide de gouvernance des années Kaenzig.

Que Baskonia laisse aux acteurs de la région l’opportunité et la responsabilité de reconstruire le club sur des bases saines, comme eux-mêmes ont pu le faire au pays basque. Et si la région n’a pas les moyens ou les compétences de maintenir un club professionnel, quel intérêt d’y télécharger, hors-sol, un club sous gestion étrangère ?

Quelques hypothèses sur le modèle Baskonia

Je comprends l’intérêt pour Baskonia : faire tourner son effectif de joueurs, espérer que certains prennent de la valeur, utiliser le club comme outil de scouting, profiter du centre de formation, tout cela sans débourser un rond, ni prendre en charge les coûts des infrastructures mises à disposition. Le deal est objectivement génial et impossible à refuser. Il conjugue les avantages de la multi-propriétééconomies d’échelles, réduction de l’aléa sportif, augmentation de la probabilité de voir éclore des joueurs à forte valeur sur un effectif démultiplié, réseau de scouting étendusans avoir à soutenir les coûts de structure.

Mon interprétation – pure hypothèse en l’état – est que Baskonia a identifié un marché et un nouveau modèle pour la multi-propriété : aller démarcher des propriétaires incompétents (au mieux), escrocs (au pire), qui se sont mis en tête de gérer des clubs, mais sont allés dans le mur, leur proposer leurs services en leur promettant un coût zéro, en échange de la gestion de clubs sur lesquels projeter leur portefeuille de joueurs. Un modèle de multi-propriété à la fois low-cost dans sa gestion et parasite dans sa philosophie. Le football ne manque pas de clubs en mauvaise situation sur lesquels venir pour quelques années jouer ce petit jeu.

Il faut reconnaître à Baskonia de ne pas manquer de qualités disruptives. En témoigne le partenariat avec Globatalent, ex-sponsor maillot de Rudes, qui propose rien moins aux supporters que de spéculer par blockchain sur les futurs droits à l’image des joueurs. C’est le supportérisme de demain : hier, le peuple des tribunes s’identifiait à ses héros, désormais il achète des petits bouts de joueurs qui pourront rapporter gros à la revente. Si la multi-propriété est la poursuite de la TPO et du trading de joueurs par d’autres moyens, le partenariat de Baskonia et de Globatalent donne un avant-goût du football de demain.

Autant je comprends l’intérêt pour Baskonia d’être à Sochaux, autant je ne comprends pas l’intérêt pour les sochaliens d’offrir leur club à Baskonia. Pour rien, en termes d’investissements. Sans aucune garantie de voir ses intérêts préservés.

Boycott pour quoi faire ?

Et le boycott alors ? Va-t-il changer les choses ? Le boycott me paraît d’abord l’expression d’une position de principe : nous ne nous reconnaissons plus dans ce club, nous refusons de participer à sa satellisation, par l’argent de nos abonnements, par nos encouragements à une équipe soumise à d’autres intérêts que ceux du club, par les images de ferveur que nous fournissons et que la communication s’approprie sans vergogne.

Le boycott me paraît aussi la seule option tactique un peu cohérente à ce jour. Plus nous tardons à agir, plus le club se vide de sa substance, de sa valeur économique, des conditions humaines et matérielles de son autonomie et de sa reconstruction. Baskonia parti, est-ce qu’il nous restera autre chose sur les bras qu’un club devenu virtuel ? Je soutiens le boycott comme une invitation adressée aux supporters sochaliens et à l’ensemble de l’environnement régional à regarder en face le modèle de la multi-propriété et ce qu’il implique pour le club.

Il est plus confortable de croire, de se laver les mains en disant « laissons-les travailler, nous jugerons ensuite », que de chercher à comprendre ce qui se trame. La lucidité implique la responsabilité. Les ultras ont fait ce travail à leur échelle. Ils sont aujourd’hui bien trop seuls. Ils se préparent à traverser le désert. Ne désespérons pas que d’autres fassent preuve du même esprit de résistance.

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Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

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