Pourquoi l’accord entre Sochaux et Alaves est inacceptable

Le FCSM a confirmé aujourd’hui l’accord avec le groupe Baskonia-Alaves. Selon cet accord, Baskonia-Alaves intervient comme une sorte de prestataire de service, rémunéré par TechPro, pour prendre en charge la « gestion globale du FCSM », dans les domaines sportif, économique, financier, et du management (http://www.fcsochaux.fr/fr/index.php/article/11388).

De mon point de vue, cet accord signifie la mort du club, non pas à terme parce qu’il l’affaiblirait, mais immédiatement, parce que le club perd son indépendance. Certes, la structure juridique FCSM restera en place. Il n’y aura pas, à condition que le plan convienne à la DNCG, rétrogradation administrative ou dépôt de bilan. L’emploi sera peut-être préservé, même si la prise en charge du « management global » implique sans doute le remplacement des cadres actuels par des membres de l’équipe Baskonia-Alaves.

Mais le FCSM a perdu son indépendance, son autonomie, son identité et devient structurellement un club satellite d’Alaves. De facto, le FCSM est devenu l’équipe réserve d’Alaves. Le centre de formation et ses éducateurs travaillent pour Alaves. Les équipes sportives du FCSM travaillent pour Alaves. Il n’y a pas de deal gagnant-gagnant : le meilleur de ce que produit Sochaux ira à Alaves.

Après avoir épuisé la trésorerie laissée par PSA, Li et ses sbires incapables d’assurer la pérennité du club, ont trouvé moyen de vendre le centre de formation et le travail des éducateurs. Ils iront jusqu’au bout pour rincer le club de toute sa valeur et de tous ses actifs. Le centre de formation est l’âme et le cœur de ce club, l’aliéner c’est le tuer.

On ignore tout pour l’instant de la nature financière du deal, comme de la solidité juridique de cette prise de contrôle déguisée en prestation rémunérée. Hier, il était question d’Alaves venant éponger les « dettes » du FCSM. Quelle générosité ! Aujourd’hui, Alaves viendrait comme prestataire rémunéré par TechPro. Étonnamment il n’est fait nullement état des contre-parties. Pourtant, elles sont assez faciles à imaginer.

Alaves a en effet réalisé des opérations similaires auprès de deux clubs : le NK Rudes en Croatie et le JS Hercules en Finlande. Dans le cas de NK Rudes, le deal est simple : subvention à 10 ans et préemption des joueurs du centre de formation (https://footballski.fr/nk-rudes-nouveau-trublion-du-football-croate). « L’accord prévoit d’ailleurs logiquement pour le Deportivo Alaves un droit préférentiel pour l’achat des joueurs du NK Rudes ainsi que la possibilité de faire signer des contrats directement avec les joueurs. » En lisant l’article, on note d’ailleurs que les termes des communiqués de l’époque sont exactement les mêmes qu’aujourd’hui au FCSM.

La contre-partie de tout cela est simple. Le meilleur de ce que produisent ces clubs est préempté par Alaves. Dans le cas du FCSM, on parle de l’un des centres de formation les plus reconnus d’Europe. Joli coup pour Alaves. Formellement, les éducateurs et les salariés du FCSM travailleront toujours pour le FCSM et son propriétaire chinois. Factuellement, ils travailleront pour Alaves. Et comme l’indique l’article à propos du NK Rudes : « Évidemment, cela pose un plafond aux ambitions futures du club qui ne pourra pas être puissant en Europe ni même en Croatie si ses meilleurs joueurs partent. »

Oui, mais n’est-ce pas une bonne chose diront certains que de voir arriver des partenaires compétents comme Alaves ?

Je ne doute pas de la compétence de Baskonia-Alaves qui gère une superbe équipe de basket, qui a réussi à faire remonter le club de football en Liga. Ils réussissent d’ailleurs un joli coup en mettant la main sur le centre de formation du FCSM. Et ils réussiront peut-être même à mettre un coup d’arrêt à son pillage par Red Bull (pour lui substituer le leur). Mais le fait est que le FCSM a perdu son autonomie, que le club n’est plus maître de ses décisions, que d’autres intérêts que les siens domineront toujours en dernière instance. Ce n’est pas acceptable, parce que l’identité même du club est perdue.

Oui, mais est-ce que ce n’est quand même pas mieux que TechPro ?

La prise de contrôle par un investisseur étranger, comme Tech Pro, est toujours un risque. Cela peut fonctionner comme au PSG, être une catastrophe comme à Grenoble. Mais l’alignement entre les intérêts du propriétaire et celui du club reste normalement garanti, sauf escroquerie. En développant le club, le propriétaire fait croître la valeur de sa propriété. Avec Alaves, la situation est le pire du pire : non seulement le FCSM conserve TechPro à sa tête, mais il a surtout perdu son autonomie, sa capacité à définir sa propre politique de développement et à capitaliser sur les fruits de son travail.

Oui, mais est-ce qu’il ne vaut pas mieux ça plutôt que crever ?

La prise de contrôle par un club étranger n’est pas le seul scénario possible pour assurer la survie du FCSM. Tech Pro s’accroche au club jusqu’à en tirer tout ce qu’ils peuvent en tirer. Tech Pro porte la responsabilité de cette solution. Ils ont refusé l’alternative d’une vente. Ils ont vendu tous les joueurs vendables, ont été incapables de renouveler les contrats des cadres. Et maintenant ils cèdent par avance un droit sur les meilleurs jeunes. Le FCSM a cédé son avenir, sa capacité à se développer par lui-même. Que faudra-t-il accepter au nom de la survie ? Le contrôle par une boîte fantôme domiciliée dans un paradis fiscal, qui cède à d’autres les fruits du centre de formation ? Jusqu’où est-on prêt à descendre ?

Comment les supporters vont-ils réagir ?

La prise de contrôle par Alaves touche à plusieurs éléments clés de l’attachement au club, tels que nous avons pu les constater dans la consultation sociochaux : la dimension régionale, l’attachement au travail du centre de formation. Seuls de bons résultats sportifs pourraient compenser la destruction des ces valeurs auprès du public qui vient avant tout voir un spectacle sportif. Nous verrons bien ce qu’il en est. Mais, à mes yeux, ce deal signe la fin du club en tant que tel. Identité, autonomie, formation : ces piliers sont détruits.

Je préfère un FCSM qui galère, mais qui compte sur ses forces propres et le travail de ses salariés. Je n’envisage pas une seconde de supporter l’équipe réserve d’Alaves. Mon club a disparu avec cet accord qui lui enlève son autonomie et vole le travail de ses formateurs.

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Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

3 commentaires

  1. Ci-gît le Football Club Sochaux Montbéliard, mort le 25 avril 2018.
    RIP

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  2. Donc, pour vous, supporter l’equipe de Li et leurs copains, c’était ok. Y a que maintenant que cela devient inacceptable. Pffff.

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    • J’ai bien peur que tu n’aies pas suivi nos activités ces dernières saisons.

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