Dream On

Je suis allé voir le match Sochaux-Lens au stade Bonal, ce 19 février 2016.

J’ai traversé la France depuis la Normandie. Je n’avais pas rendez-vous devant la boutique du club. La pluie laquait les rues de toutes les villes traversées, mais ça m’a fait bizarre d’arriver par l’autoroute de Besançon plutôt que par la route pleine de rond-points que je prenais habituellement, venant de Lure.

J’ai hésité pour me garer, dans la petite rue à 400 m du stade que j’avais trouvée un dimanche de match contre Monaco, celui où, menés 0-2, les Lionceaux étaient revenus au score, grâce à Joseph Lopy sur corner. Falcao avait tondu la pelouse avec ses dents durant les trois-quarts du match. Je crois que c’était le premier match où j’avais décidé de rester debout, bien haut dans la tribune présidentielle, pour mieux voir.

Finalement je me suis rangé devant l’usine Peugeot, exactement devant la grande photo des chaînes de montage. J’ai comme d’habitude vérifié trois fois mes clés, les portières et les phares, même si c’est inutile aujourd’hui – ils s’éteignent avec le moteur, comme la passion.

J’ai longé les grilles, cherchant du nez mes odeurs, celles de l’industrie, celles du froid humide, celles de la bouffe grasse, celles du bois mort dans les bosquets décoratifs qui ne décorent rien depuis des lustres.

Je suis entré en traversant la vieille voie ferrée qui fait comme un contournement, jamais je n’ai réussi à retenir les points cardinaux de Bonal, entrée Nord, Est, Ouest, Sud, qui sait. Il n’y avait pas beaucoup de monde, une heure avant la rencontre. J’ai pris mon temps pour acheter un billet. J’ai pris mon temps pour passer la sécurité en saluant tout le monde comme s’ils se souvenaient de moi et moi d’eux. J’ai pensé que j’allais peut-être croiser des visages connus ou amis, les deux j’espérais.

Après je ne me souviens plus de rien. Ni le score, ni les gens, ni l’éclairage, ni les interviews des gens de Bein Sport, ni les bancs des équipes, ni le parcage visiteurs qui au moins, à Bonal, est abrité. J’ai peut-être revu mes amis de la Bande à Bonal, ou n’avaient-ils pas pu venir ? J’ai vraisemblablement pris un billet en présidentielles, puis me suis ravisé pour m’installer en tribune derrière les cages, mais je ne sais pas. J’ai oublié la suite, j’ai oublié la fin. Je me suis réveillé à Bayeux, dans ma chambre blanche comme le maillot bis des Sochaliens. En tâtonnant, j’ai rapproché ma tablette de mes yeux sans mettre mes lunettes, on était jeudi 18 février. Alors je me suis levé, j’ai déjeuné ce qui me passait par la main, et j’ai écrit ces lignes en pensant à ce que c’est qu’une maison, ce que c’est que les fantômes et ce que c’est que ce besoin de mettre mes vieux gants siglés du lion métallique devenu vintage dès qu’il fait froid.

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Auteur: Hervé

Chaotique à temps partiel. Fréquente Bonal en 1981-82 puis en 2013-2014. Normandie depuis.

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