Il était une fois, Renard…

150525RENARD01Lorsqu’il signe un maigre contrat d’un an seulement, éventuellement renouvelable selon ses résultats, au FC Sochaux, Hervé Renard est un demi-inconnu. Il n’a pas « la carte ». A l’instar d’autres entraîneurs qualifiés stupidement (et néo-colonialement) de « sorciers blancs » pour avoir officié en Afrique. On se pose alors beaucoup de questions dans la région montbéliarde. Saura-t-il relever un club alors horriblement mal en point ? Sa belle gueule cache-t-elle un arriviste plus soucieux de faire fructifier son image en L1 que de sauver le club historique ? Son succès à la tête de la sélection nationale zambienne est-il transposable en France ?

Dès ses débuts, sa communication sera parfaite. Mais pas que. Gueule d’ange malin, impeccable look de BHL mais pas prétentieux, travailleur, et opiniâtre. Sous les silences dubitatifs ou les sifflets de Bonal, où l’équipe continue d’enchaîner les mauvais résultats durant l’automne, il ne doute jamais. Et prépare les renforts. Comme dans Game of Thrones : Winter is coming. Et à partir du 20 décembre, match contre Rennes gagné péniblement 2-1 (Sochaux ne marquera jamais plus de deux buts cette saison-là), les bons résultats à domicile s’enchaînent. D’autant que Renard réussit a faire venir au club des joueurs qui seront (presque) tous décisifs, et particulièrement Sunzu, Ayew, Marange et Pelé. Oui, l’hiver 2013-2014 en Franche-Comté s’est auréolé du sourire de Renard. La neige, presque absente, jalousait le blanc des chemises du Savoyard. Le demi-inconnu n’était pas loin de devenir un demi-Dieu.

Bonal ne s’enflamme pourtant pas si facilement, et le public traîne encore les pieds. Une gueulante du coach contre la tribune présidentielle lors de je ne sais plus quelle rencontre (« Vous êtes tous morts ou quoi ? ») rafraîchit méchamment les moins timorés. Mais l’impensable se tisse, semaine après semaine : le FCSM peut se sauver. Pas dupes, les Sochaliens (au sens large, les amoureux du club) savent bien que l’intérêt nouveau des médias pour le destin du « Monument » ne tient qu’à l’engouement des caméras et des micros pour Renard. Tant mieux, la vie est assez dure comme ça autour de la Peuge – qui en plus, mais on ne le saura que plus tard, prépare déjà le retrait de ses billes.

Le 17 mai 2014, c’est la finale dont on connaît l’issue. Les montres ont depuis été synchronisées, ETG ayant rejoint la L2 avec un an de retard. Mais même vaincu et relégué, le club a redressé la tête. La France entière ou presque voulait sauver le soldat Sochaux, aux ordres du Commodore Renard. Merci Hervé, scande Bonal, alors que les joueurs, qui quitteront presque tous le club les semaines suivantes, pleurent de dépit après un vilain, si vilain 0-3 final. Et pourtant, on n’aurait pas trouvé un jaune et bleu pour ne pas rempiler avec le #NeverGiveUp si le coach n’avait pas, depuis plusieurs semaines déjà, décidé de partir quoi qu’il arrive en fin de saison.

Un tel bonhomme ne laisse pas indifférent. De bout en bout sûr de lui et de la capacité des joueurs à jouer leur peau façon commando, il aura redonné à Sochaux une incroyable fierté, et permis au club d’exister, tout simplement. Qu’il l’ai fait avec des arrières-pensées à deux, trois, cinq ou vingt-six bandes en préparant son avenir, peu importe. A moins d’être complètement aveugle, avec le recul d’un an, impossible de nier que Renard a réussi à Sochaux une saison fantastique. En montrant du respect pour la vieille dame de l’Est aux 66 saisons dans l’élite (et l’interview d’Eric Hély visible ici-même, confirme ce sentiment de l’intérieur). En étant un professionnel engagé et passionné qui, tous les joueurs le disent, transmet ce truc qui pousse à se dépasser. Tout sauf le ventre mou : et ce n’est pas un homme comme ce Hervé de 1968 là qui se laissera pousser une bedaine flapie. Bon vent du Nord, cher Hervé.

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Auteur: Hervé

Chaotique à temps partiel. Fréquente Bonal en 1981-82 puis en 2013-2014. Normandie depuis.

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