Rencontre avec Eric Hély, maître formateur

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Pour la quatrième fois de sa carrière, Eric Hély va disputer une finale de la coupe Gambardella. Le directeur du centre formation et entraîneur des U19 sochaliens en a déjà gagné une comme joueur en 1983, une comme entraîneur en 2007, avant d’être à nouveau finaliste en 2010. Nous lui souhaitons de tripler la mise samedi prochain. 

Nous avons rencontré Eric Hély dans son bureau au centre de formation pour un long entretien sur son métier, la formation à la sochalienne, le travail de détection, la vie du centre. Mais aussi sa carrière d’entraîneur et son expérience de coach en équipe première. Les formateurs sont au cœur du football français. Nous avons souhaité comprendre leur travail. Le centre de formation est l’un des lieux qui fait l’identité du FC Sochaux et assure la transmission entre les générations, avec ses anciens joueurs revenus former les nouveaux aspirants. Eric Hély a lui-même connu les premières années du centre, où il est entré à 14 ans sous la houlette du père de la formation sochalienne, Pierre Tournier.

L’entretien a été mené par Jon (JBB) et David (DM). Nous avons choisi de le retranscrire dans son intégralité et de conserver le ton de la discussion. Avec l’espoir que le lecteur puisse entendre derrière les mots écrits un peu de la parole de ce grand bonhomme, imposant, qu’est Eric Hély.

JBB : Entre la passion du foot et le métier, comment est-ce ça se passe ? Est-ce que la passion du foot peut survivre au métier ?

EH : S’il y a autant d’investissement, c’est parce qu’il y a de la passion. Sinon, je pense que sur le long terme, ce serait difficile. Parce que ça vous prend beaucoup, beaucoup de temps. On est un peu habitué, mais, des fois, les vacances sont bienvenues (sourire). Une fois que tu es dedans, c’est douze heures par jour, six jours sur sept. Il faut essayer de se dégager des journées. Donc, moi, je coupe tous les samedis. Je pense qu’on en a besoin aussi bien personnellement que la famille. Il faudrait même essayer de se dégager des fois un peu plus de temps. Si on reste au centre, il y a toujours quelque chose à faire.

JBB : Vous vous occupez à la fois des U19 et du centre de formation. Ces deux fonctions vont-elles toujours ensemble ?

EH : C’est une politique du club. Le directeur précédent n’avait pas d’équipe. Par mon parcours et aussi par rapport aux restrictions économiques, j’ai choisi de prendre une équipe. Je trouve que c’est bien. Quand tu veux définir une politique sportive, au moins tu montres l’exemple. En plus, c’est vrai que par rapport aux économies qu’il y avait besoin de faire, je pense qu’on a besoin que les gens s’investissent encore plus, dans des tâches, on va dire des multitâches. Donc, avant, quand on avait plus de moyens, c’était plus ciblé : tu t’occupais que des U19 et c’était ta partie. Alors que maintenant, par exemple si on prend le cas d’Olivier Baudry, il s’occupe des U15 et des stages vacances.

« Le centre de formation, ce n’est pas que l’entraînement »

 

DM : Alors que c’était deux parties bien distinctes avant ?

EH : Avant, ça n’existait pas les multitâches, il y avait trois hommes d’entretien. Le centre de formation, ce n’est pas que l’entraînement. Par exemple, quand ils sont en stage d’entreprise, quand il faut descendre les joueurs chez les pros, les coachs donnent un coup de main.

Le chateau de Seloncourt trône au centre des terrains d’entrainement

DM : Entre le centre et les U19 qu’est-ce qui est le plus prenant dans votre temps de travail ?

EH : C’est complémentaire. Mais le plus prenant, c’est le centre. On a redéfini un projet et après c’est à moi de coordonner et d’insuffler l’énergie nécessaire et les idées aux autres composantes. Parce qu’il y a les éducateurs, mais aussi la scolarité, l’internat…

DM : Vous êtes le garant de toute la structure. Vu de l’extérieur, on pourrait penser que le responsable du centre, ce n’est que le sportif.

EH : Tu coordonnes, tu définis au début, tu donnes les objectifs. Et puis tu définis l’organisation, mais après, heureusement, tout le monde m’aide. Mais c’est vrai que quand quelqu’un a besoin d’un éclaircissement, il passe toujours par moi. Et puis j’y tiens, parce que sinon, c’est la porte ouverte à tout. Je suis garant de la cohérence.

« Des 15 ans jusqu’au U19, on utilise différents systèmes »

 

DM : Est-ce qu’il y a une philosophie de la formation à la sochalienne ? Au niveau du jeu, je viens de voir la CFA, je viens voir de temps en temps les U19, je n’arrive pas à voir s’il y a vraiment un fond de jeu. A une époque, Auxerre qui était la référence en France, on savait tous qu’ils jouaient en 433, ça se voyait, alors que là…

EH : (Il coupe) Moi, je ne suis pas partisan de ça. Des U15 jusqu’en U19, on utilise différents systèmes de jeu au cours de l’année. Le projet de jeu, c’est toujours de jouer collectivement vers l’avant et de mettre la pression haute. C’est d’essayer de faire du pressing collectif. Ça c’est le projet général. Vous dîtes « je suis allé voir Auxerre et tout », mais quand l’entraîneur change tous les… Parce que Guy Roux, il est resté trente ans, quarante ans. Il a dit « c’est comme ça ». Mais quand l’entraîneur change souvent, s’il demande de jouer dans un autre système de jeu, dans lequel le gamin n’a jamais joué, comment on fait ?

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Les U19 après la victoire en quart de finale contre Guingamp

Je pense que pour les très grands clubs, c’est bien… enfin, c’est bien ? On voit qu’ils sont capables d’évoluer en un ou deux systèmes de jeu, ou trois même. De toute façon, ils ont les meilleurs joueurs. Quand tu es dominateur, les autres s’adaptent, toi tu joues. Mais quand tu es un peu plus à la peine, il faut que tu sois capable de jouer dans différents systèmes de jeu, de t’adapter.

Peut-être qu’avant d’aller chez les pros, j’aurais dit « c’est bien quand tout le monde joue dans le même système de jeu ». Mais je pense que ce n’est pas bon. Nous ce qu’on a fait, c’est que des 15 ans jusqu’au U19, on utilise différents systèmes. Par exemple, on commence 442, après on fait 433, après le 4231, au cours de l’année. Mais, après, la façon de jouer, c’est toujours : on fixe dans l’axe, on va sur les ailes.

La CFA c’est différent. La CFA est plus instable par rapport à l’équipe première. Sachant aussi qu’en CFA, tu es obligé d’adapter ton système de jeu, parce que, des fois, tu te retrouves avec six attaquants. C’est différent. Mais la philosophie de jeu, c’est toujours au FC Sochaux de chercher du jeu court, de chercher à développer. Ce qui est sûr, c’est qu’en CFA, vu que souvent on joue jeune, ce n’est pas facile d’imposer ton système. Des fois tu es tellement dans la récupération du ballon que la seule chose qui compte c’est de défendre.

DM : ce n’est pas simple la CFA, j’ai encore vu contre Mulhouse, on fait pas un si mauvais match que ça, et puis…

EH : Oui, mais quand tu es jeune, il te manque toujours un peu d’efficacité ou quelque chose. Mais c’est dans le projet sportif, la maîtrise de différents systèmes de jeu. Comme pour les coups de pieds arrêtés. Pendant une période, on fait en individuel, une autre période en zone. Les coachs changent, ça change relativement souvent. Si le coach demande un autre système, comment on fait ? Et par rapport à cet aspect des coups de pied arrêtés, si les gamins sont appelés à partir, c’est pareil. Mais moi, si on me demande au centre, ce que je préfère c’est le 442.

JBB : Pour quelle raison ?

EH : Parce que je trouve que tu es dominateur, tu mets deux attaquants. Mais quand j’ai eu les pros, je m’apercevais que tu peux difficilement jouer en 442. Jusqu’en U19, on est assez souvent dominateurs. Et puis, tu gagnes, tu perds, le principal c’est de faire la formation. Après ça devient plus compliqué et il faut que les gars puissent s’adapter. Qu’ils aient confiance, qu’ils puissent se dire «je maîtrise ».

« Les 96-97, potentiellement, ça peut être une bonne génération »

 

JBB : A quoi est-ce qu’on juge la réussite du centre ? C’est l’intégration en équipe première ? C’est le fait que les gamins trouvent des contrats pro ailleurs ?

EH : Non, c’est qu’ils signent au FC Sochaux. Ils signent pro et on les revend. C’est ça la réussite. Et qu’ils jouent en première division.

DM : Quand vous dites ça, avec la génération qui sort en ce moment, où il y a eu très peu de pros, c’est dans le recrutement ou dans la formation ces échecs là ?

EH : Je pense que c’est plus le recrutement. Des fois, vous avez une génération, vous ne savez pas pourquoi, vous en avez cinq ou six qui réussissent. Et puis il y a des générations où il n’y en a pas. Là, c’est sur que dans les stats c’est plus compliqué. Ça vous baisse la moyenne.

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Marvin Martin soulève la Gambardella en 2007 (source : F. Dorier, FCSM, 1928-2008, 80 ans en portraits)

DM : Mais une génération comme celle qui est sortie, qui va pas forcément être très performante en termes de pro et jouer avec l’équipe première, vous pensez que ça peut être un phénomène d’ensemble ? Si on en a quatre ou cinq, comme on le sent dans la génération suivante, qui sont très bons et continuent à être très bons et à pousser dans le bon sens, ça peut générer d’autres contrats ?

EH : 83-84 c’était une très bonne génération. 88-89 c’était une bonne génération. Et là pour l’instant, on se dit que les 96-97, potentiellement, ça peut être une bonne génération. Après, je pense qu’il y a eu un moment aussi où les gamins, certains, ont cru que c’était normal que, eux, on leur donne leur chance. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Tu as un potentiel, il faut que tu travailles beaucoup pour réussir. Mais on ne te doit rien, on fait tout pour t’aider à réussir, mais on ne te doit rien. C’est à toi de travailler, c’est à toi d’être concentré sur ta réussite, de savoir ce que tu dois faire. Nous on fera tout, mais en fin de compte, c’est le joueur qui se prend en main.

Je prends toujours l’exemple de Marvin Martin. Avec lui, on a gagné la Gambardella, il est revenu au centre. Bien sûr qu’à ce moment là, il n’était pas content, mais il a travaillé pendant une année et après il a signé pro. Il y en a ici, quand ils reviennent au centre, entre guillemets, excusez-moi l’expression, ils vont pleurnicher : « ouai, c’est pas normal ». Qu’est-ce qui n’est pas normal ? Si tu reviens au centre, c’est que tu n’es pas assez bon. C’est tout.

JBB : C’est le plus difficile, ce passage entre les U19 et passer pro ? Y a une zone de un an, deux ans qui est extrêmement difficile ?

EH : Oui, c’est la période… C’est vrai qu’aujourd’hui, les gamins veulent tout rapidement. Ils pensent que c’est facile, alors que c’est dur de réussir. Ils pensent qu’avec un peu de qualité, c’est facile. Alors que nous on sait que c’est difficile.

« Le plus important, c’est le recrutement »

 

JBB : Et sur la formation, sur quoi on travaille ? Où est-ce qu’on peut les faire progresser ? Quelle est la part du talent, du travail ?

EH : Au départ, le plus important, c’est le recrutement. Après si le gamin a des aptitudes, tu les développes. Il ne faut pas se tromper. Il faut à la fois travailler sur le collectif et sur le joueur. Il faut cibler ceux qui ont le plus de chances de réussir et puis les faire travailler vraiment encore plus que les autres. Des fois c’est difficile à entendre, mais c’est comme ça.

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Jeando Fuchs, symbole de la nouvelle approche du recrutement

JBB : Donc le processus de sélection permanente année après année est la part la plus importante ?

EH : Même au départ. Parce qu’on sait très bien que la plupart… Ça arrive assez jeune chez nous. On a changé un peu, on a réorienté. Il y a eu une période, où on faisait beaucoup d’ANS, de contrat de non-sollicitation, à 12 ans, 13 ans. Là, j’ai demandé qu’on freine, parce qu’il n’y a pas de certitudes quand ils sont gamins. Et qu’on soit vigilant. Jeando Fuchs, il vient d’arriver. Qu’on laisse la porte ouverte à des gamins de 17, 17-18 ans.

DM : Quand on regarde de l’extérieur on se dit : « ils arrivent en U15 et on garde le même groupe »

EH : C’est un entonnoir. Mais je veux moins de contrats d’ANS. Le gamin a 12 ans, vous vous engagez déjà à ce qu’il signe chez vous aspirant. C’est-à-dire dire que le gamin a 12 ans et qu’il sera chez nous jusqu’à 17 ans. Vous pouvez vous tromper. Au lieu qu’il y en ait 10, on n’en fait plus que 5 ou 6.

Après on a regardé des régions. Jean-Sebastien [Mérieux] et moi, ça fait onze ans qu’on est là. Il y a des régions où on ne recrute plus suite aux échecs qu’on a connus. Déjà, il y a la proximité. Si on regarde les stats de la DTN, il y a l’Alsace, la Franche-Comté, Paris et la région toulousaine. Donc c’est là qu’on axe le plus notre recrutement. Je pose une question : quel joueur du sud-est a réussi au FC Sochaux ? Depuis même cinquante ans ? Il n’y en a pas. Donc, c’est bon on arrête. Nous, on s’intéresse au sort des mecs qui sont venus. S’il n’y en a pas un qui réussit, on dit non. Sauf exception, on n’a plus de recrutement. On centralise là où on est efficace. Même dans le Nord, ça ne m’intéresse pas. Après, il y a la région lyonnaise aussi qui est un vivier. C’est quand même pas trop loin.

JBB : Et ce n’est pas déjà siphonné par le centre de formation de l’OL

EH : C’est tellement grand qu’il y a de la place pour tout le monde. Lionel Zouma, par exemple, vient de Lyon. Senhaji, aujourd’hui, ils viennent de Lyon. Robinet vient de la région. On a axé vraiment sur là où on sait que c’est simple. Si on prend les 10 dernières années, où est le pourcentage de réussite ? Méditerranée, il n’y a pas un qui réussit, on arrête. Le Nord, il n’y a pas un qui réussit, on arrête. L’Auvergne, on avait quelqu’un. Après on sait très bien que c’est difficile, on arrête. On va perdre du temps et de l’argent.

C’est vrai qu’au niveau franc-comtois, par exemple, souvent on dit que c’est moyen au niveau football, mais on s’aperçoit qu’il y a de la réussite. Avec l’arrivée d’Olivier Baudry chez les U15, qui a la responsabilité de la préformation et des écoles de foot, on a redynamisé les relations avec les clubs régionaux du pays de Montbéliard. Parce qu’il y a de la réussite : Duplus, Nogueira, Raphaël Dias, même si…

« Chaque éducateur est parrain d’un club partenaire »

 

DM : Florin Bérenguer

EH : Florin, il est né ici. Il faut, au moins, optimiser le tissu local. Et puis au niveau de l’image du club, je trouve que c’est bien. On a fait des partenariats avec Vesoul, Belfort, Besançon. C’est sportif. Il y a un petit gain financier si un gamin de chez eux signe un contrat chez nous, mais c’est surtout sportif. Chaque éducateur est parrain d’un club partenaire, il en a la responsabilité. Nos engagements, c’est qu’il fasse une intervention dans l’année avec notre préparateur gardien de but et notre préparateur athlétique. Et puis quand ils viennent nous rendre visite, le parrain est responsable d’eux. Moi je suis avec Versailles aussi. Demain, Jean-Sébastien Mérieux va en signer un avec Sausheim. Parce qu’en Alsace, Mulhouse, il y a toujours des joueurs. On prend Onguéné, Fuchs…

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Marco Ilaimaharitra signe son premier contrat pro.

DM : Marco. Se concentrer sur la région Franche-Comté, Alsace, c’est pas loin pour les gosses

EH : Oui. Il y a ce facteur là aussi. Ce qu’on a fait, c’est par exemple, tous les vendredis soirs, les gamins qui habitent à moins de 100 km, rentrent chez eux. Ils y passent le samedi et ils reviennent pour jouer le dimanche.

Moi si on m’avait demandé, il y a 10 ans, peut-être que … On n’avait pas été habitué à un fonctionnement comme ça. Mais, aujourd’hui, avec les nouvelles générations, tu t’aperçois que ça leur fait du bien. Même les statistiques de la DTN vont vous le dire. C’est national : le plus fort taux de réussite, c’est souvent des gamins qui habitent à moins de 100 km.

C’est bien, mais il ne faut pas s’arrêter qu’à ça. Pour les joueurs étrangers, ils ne peuvent venir qu’à 18 ans, mais il faut aussi développer nos contacts, qui existent déjà, en Afrique. Si on a des manques, je pense surtout à des joueurs offensifs. A cet âge, c’est difficile de trouver quelqu’un, mais en Afrique peut-être qu’on peut. Je dis bien peut-être.

JBB : Il y a des accords, Lopy qui vient de Diambars ?

EH : Non il n’y avait pas d’accord.

DM : Le dernier c’est Famara Diedhiou qui est arrivé un peu comme ça

EH : Mais il était déjà presque là en même temps. C’est un peu compliqué.

DM : Mais sinon le dernier en date, c’est Joseph

EH : Oui et Pap.

« Quand le gamin a une faculté, tu peux la développer »

 

JBB : Il y a des qualités qu’on recherche en priorité chez les gamins dans la sélection ?

EH : On veut des footballeurs athlètes. Les gens vont te dire : « tu regardes si c’est un bon footballeur », mais après, moi, s’il n’a pas la vitesse… Il y a deux ou trois choses, comme le gamin qui n’a pas le sens du jeu, c’est compliqué.

JBB : Ça ne s’inculque pas par la répétition ?

EH : Je pense qu’il y a plein de choses. Quand le gamin a une faculté, tu peux la développer. Mais quand il ne l’a pas, ça va être compliqué. Le buteur, vous lui donnez des conseils sur telle situation : « suis à cet endroit là », comme c’est un buteur, qu’il a le sens du but, pour lui c’est parlant, il va le mettre en place sur le terrain, mais celui qui n’a pas le sens du but, vous pouvez lui dire cinquante fois…

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Jérôme Roussillon, l’un des meilleurs joueurs sorti du centre ces dernières années.

C’est comme un ailier qui ne marque pas de buts, vous pouvez lui dire cinquante fois, quand l’ailier opposé centre, sois présent devant le but, il n’a pas le réflexe. Alors que celui qui aime le but, il n’y a pas besoin de lui dire. Et on s’aperçoit avec le temps que c’est très dur de faire changer ça. Ou vous en êtes conscient et vous vous dites « voilà il a une autre utilité », mais si vous voulez un milieu excentré qui marque des buts, moi je ne crois pas que vous allez le faire évoluer

JBB : Parce que ça se décide trop vite sur le terrain ? Parce que c’est intuitif ?

EH : C’est comme un gamin qui est craintif. Je pense qu’il y a très très peu de chances que ça réussisse. Autant un gamin qui a un trop-plein d’agressivité, d’énergie et tout, tu peux peut-être le canaliser. Même si exceptionnellement, ça peut revenir. Mais un gamin qui est craintif, par expérience, c’est trop difficile. C’est comme ça, vous avez beau me dire. Le gamin est conscient. Il n’y a pas un gamin qui fait exprès.

Il y a des choses que vous sentez à votre poste. Et après, avec des conseils, vous êtes capables de le développer, d’affiner. De toute façon, c’est pour tout le monde. Avec Jérôme Roussillon, ce n’était pas dur de lui apprendre certaines choses. A haut niveau, en fin de compte, c’est des détails qui font la différence. A quel moment, tu dois le pousser, juste avant qu’il ne reçoive le ballon.

« Jérémy Menez, il avait tout »

 

DM : Est-ce que vous avez des objectifs de sortir un type de joueur ? Plutôt défensif, plutôt milieu, plutôt attaquant ? Tout le monde parle de Lyon qui sort beaucoup d’attaquants. Apparemment ils ont mis les moyens. Est-ce qu’on essaye de sortir des joueurs de foot à n’importe quel poste ?

EH : N’importe quel poste. Après, souvent à Sochaux, on a sorti des joueurs offensifs. Ça serait bien qu’on arrive à sortir quelques défenseurs.

DM : Aujourd’hui ceux qui poussent sont plutôt défensifs. On a un talent qu’on entrevoit, c’est Marcus [Thuram], il y a Thomas Robinet qui a certaines aptitudes. Mais derrière on voit quand même que c’est là qu’on risque d’avoir des joueurs qui vont passer le pas

EH : Je vous le dis franchement. Ça fait onze ans que je suis là, c’est parce que tu les as : Erding, Quercia et Menez, ils étaient là. Là, en ce moment, je trouve qu’au centre, au niveau offensif, chez les plus jeunes, c’est moyen. On a plus de potentiel en défensif ou en milieu de terrain que chez les attaquants.

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Les débuts à Sochaux

JBB : Sur Menez, vous avez souvent dit que c’était le joueur le plus brillant que vous avez vu passer ? C’est encore le cas ? Qu’est-ce qu’il avait ?

EH : Il avait tout. Menez c’est le plus fort. C’est comme ça et on ne peut pas le comparer avec les autres.

JBB : Et comment vous jugez sa carrière ? Il fait une très belle carrière, mais on a l’impression que …

EH : (il coupe) Déjà il n’a pas développé son image. Aujourd’hui, on est dans l’image. C’est ça qui lui porte préjudice. Je suis moins en contact maintenant, mais des fois il a du mal à gérer ses émotions. Quand il y a des déceptions, il n’arrive pas à prendre sur lui et lutter. On voit qu’il est déçu. Le sport de haut niveau, ce n’est pas ça. Les très grands joueurs, ils luttent. Maintenant, il y en a qui sont bons dans la communication, aussi bien avec les journaux qu’en interne. Et Jérémy, c’est pour ça que… même son expression, c’est un genre de timidité. Des fois peut-être qu’il ressent l’injustice. Je pense que c’est ce qui lui porte préjudice.

« A de très rares exceptions, les meilleurs réussissent »

JBB: Et ça, est-ce qu’il n’y a pas un crève-cœur à voir certains joueurs dont on sait qu’il y a un talent immense, pas forcément au niveau de Menez, avoir du mal à percer ? Aussi, tout ce qui relève du milieu : agents, sollicitations, transferts, entre la comm et le foot business ?

EH : Les gens peuvent le croire, mais à de très rares exceptions, les meilleurs réussissent. Après ce sont des excuses ou des présumés talents. S’ils ne réussissent pas, c’est qu’il manque quelque chose.

JBB : Il n’y a pas de promesses qui restent non tenues, comme on dit des « éternels espoirs » ?

EH : Il y a un manque. Tu peux avoir quelques qualités, mais ce qui compte c’est de travailler. Même quand t’es pro. Si Corchia est aujourd’hui là où il est, c’est parce qu’il l’a mérité. Même s’il n’a pas été formé ici. Lui, il voulait aller plus haut. Il a tout fait pour aller plus haut. Il avait le comportement pour aller plus haut. Il avait l’investissement pour aller plus haut. Et 24 heures sur 24. Lui, à la fin de la semaine, il avait fait un entraînement de plus que les autres. Au moins. Et pas besoin que tu lui dises « allez, il faut faire ceci, il faut faire cela », le prendre par la main. On a essayé de travailler dans le projet pour qu’ils se prennent plus en charge. On essaye. Je dis bien « on essaye ».

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Corchia, l’élève modèle

JBB : Sur l’aspect éducatif ?

EH : Oui, on essaye. C’est tout bête, même si des fois ça nous prend du temps. Par exemple, le docteur vient tous les jours. Souvent il y a en 3 ou 4 qui ont des ordonnances. Pour nous, le plus simple, on prend les 5 ordonnances, on va à la pharmacie, on leur dit « tiens » et on leur rend leur ordonnance. Quand on a le temps, on les met dans la voiture, parce que c’est à Seloncourt, on les dépose, ils vont chercher leurs médicaments. C’est des petites choses, mais en même temps… On a l’avantage, nous, que tout soit centralisé. C’est super pour l’organisation, mais le petit désavantage, c’est qu’ils ne sont jamais confrontés au monde extérieur.

JBB : C’est un cocon ?

EH : Quand on est pro, quand on est entraîneur des pros, ce que vous voulez ce n’est que des résultats, des résultats, des résultats. Donc, moi ça me choque pas qu’en pro, il y ait une ou deux personnes qui s’occupent des joueurs. Tu t’en fous que ça soit bien ou pas bien, le principal c’est de gagner. Mais au centre, il faut que tu prennes plus de temps pour les choses. Parce que tu es là pour les former.

DM : Et donc, on les forme à tout ?

EH : On essaye. Par exemple, peut-être que vous l’avez lu, pour l’équilibre humain, on les emmène des fois à la SPA, le mercredi après-midi. C’est du volontariat, on dit « voilà, on vous propose ». Ils ont été faire le baptême de plongée. On essaye qu’ils sortent. De toute façon, vous le savez pour me côtoyer, avec les joueurs, on aime bien être ensemble. On est bien ensemble et tout, mais après, ils ne se prennent pas assez en charge. Vous me connaissez un peu, moi je suis toujours pour leur dire « mais il faut travailler, travailler ». Comme je vous l’ai dit « on leur doit rien ». Je leur ai encore dit encore la semaine dernière : « on ne vous doit rien ».

Il y a eu un moment aussi, je pense, où on avait peur de perdre les meilleurs. Là, on essaye de faire des contrats au mérite. Si tu joues avec les pros, tu auras plus. Mais il faut qu’ils aillent le chercher. C’est à eux de s’investir. Nous on est là pour les aider, on fait tout, mais arrive un moment où c’est eux qui vont aller le chercher.

« Chez les pro, tu es jugé uniquement sur les résultats »

 

JBB : si on passe à votre carrière, et ensuite le boulot d’entraîneur, j’ai vu que vous aviez passé des diplômes très tôt, pourquoi ?

EH : (Il rit) parce que j’aime ça, je savais… Enfin, il faut avoir de la chance. Enfin de la chance ? Il faut s’investir, mais je savais. Après que j’atteindrais ce niveau là, j’espérais, mais c’est tout. J’ai toujours été passionné. Après je pense que j’étais quand même leader. Je savais que ça me plairait.

JBB : Qu’est-ce que c’est un bon entraîneur ?

EH : ça dépend, au centre ou avec les pros ?

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La victoire de 2007

JBB : Quelle est la différence formateur entraîneur, c’est vraiment deux métiers différents ?

EH : Oui, au centre c’est de former des joueurs, de sortir des joueurs, d’être concentré plus sur les joueurs et après de les amener à l’équipe. Alors que les pros, c’est gagner les matchs. Ou on va dire, c’est tirer le maximum de ton effectif.

JBB : Et la perspective de faire progresser des joueurs en pro, ça n’existe plus ?

EH : Si. Tu essayes de leur amener quelque chose, mais de toute façon le plus important c’est de gagner des matchs. Pour que ça dure, il faut que tu leur apportes quelque chose. Même les joueurs attendent que tu leur apportes quelque chose. Mais la seule chose qui compte en gros, c’est que tu es jugé uniquement par rapport aux matchs que tu gagnes ou tu perds.

JBB : Et un entraîneur ça fait gagner et perdre des matchs ? C’est l’éternelle discussion : quel pouvoir a un entraîneur ?

EH : Je dis que tu es dépendant du recrutement chez les jeunes. Chez les pros tu es dépendant de ton effectif. Mais chez les jeunes, si tu travailles bien avec tes joueurs, que tu termines 2e, 3e, 5e, c’est pas… Le principal c’est de savoir qui va jouer en professionnel. Alors que chez les pros, on regarde si tu gagnes.

JBB : et c’est l’effectif qui influe essentiellement ?

EH : Moi je pense

JBB : Il y a une marge pour l’entraîneur quand même ?

EH : (il coupe) quelle marge ?

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Eric Hély reprend l’équipe première en mars 2012 et assure le maintien

DM : Une équipe qui gagnait, si on changeait l’entraîneur en cours de route, est-ce qu’elle continuerait à gagner ? Quand l’équipe ne gagne pas, on dit on va changer l’entraîneur. Et il y a des gens qui arrivent, vous en êtes l’exemple, et qui parviennent à insuffler de l’énergie…

EH : C’est toujours possible. Il y a une part de l’entraîneur. Mais, après, arrive un moment, si vous n’avez pas la qualité des joueurs, vous pouvez faire tout ce que vous voulez, c’est injouable. Si on me dit les six premiers mois, par exemple, c’était compliqué parce qu’il fallait gagner des matchs par rapport à la situation à l’équipe. Mais, quand même, il y avait des bons joueurs. Donc c’était plus simple. La deuxième année, c’était déjà un peu plus compliqué. Tu as une part, elle n’est pas infime, mais tu es tributaire de la qualité des joueurs.

Quel est le potentiel joueurs et qu’est-ce que tu en as fait ? Des fois, le potentiel joueur ça va être de terminer à la 15e place, le gars va les amener à la 12e place. Et celui qui est peut-être un peu moins performant à la 20e place. Mais le mec ne va pas les faire terminer champions.

« Les discussions de couloir, ça ne sert à rien »

 

JBB : Quand on est sur le banc sur un match comment est-ce qu’on influence ?

EH : Les changements, c’est essentiel. Quand l’équipe est bien en place, c’est facile parce que tu as juste une ou deux petites choses à changer. Il y a aussi du repositionnement. Et des fois, tu fais réagir l’équipe. Je prends un exemple. Quand on avait fait 3-3 à Lille, on a fait deux choses : j’ai sorti Ryad [Boudebouz] à la mi-temps, parce que je pensais qu’il n’y avait pas assez d’investissement défensif, et quand on perdait, il me semble 2 ou 3-0, j’ai mis Peybernes devant la défense parce que je me suis dit « sinon on va prendre une raclée ». Mais je pense que la meilleure chose que j’ai faite c’est de sortir Ryad. Parce que quoi qu’il arrive qu’on perde ou non, au moins j’assume. Comme je n’étais pas d’accord avec l’investissement, j’ai assis mon autorité.

Après, je pense qu’avec l’expérience en plus, il faut choisir le bon moment. Par exemple, je ne lui ai pas dit quand on est rentré au vestiaire, mais juste avant de rentrer sur le terrain, comme ça il n’y a pas eu de conflit. Juste avant qu’on rentre, je lui ai dit « bon t’arrête ce délire, là ça passe pas». Parce que si tu lui dis à la mi-temps, c’est jamais…

JBB : Donc c’est cette gestion psychologique du groupe ?

EH : Ce qui est bien avec les pros et ce qui est intéressant c’est ça. C’est la gestion pour que ton message soit efficace. C’est quel moment ? Avec les pros ou même avec les gamins, tu peux avoir des discussions de couloir, ça ne sert à rien les discussions de couloir.

JBB : C’est le terrain et …

EH : et dans ton bureau. Il n’y a que ça qui sert. Quand tu veux que les gens se livrent un peu plus. Pour l’efficacité, il faut faire attention au moment. Avant, j’étais, on va dire, plus spontané. En tout cas avec les joueurs. Quand tu veux vraiment faire passer un message, il faut que tu les reçoives.

« Il faut dire les choses comme elles sont, même si ça ne fait pas plaisir »

 

JBB : Est-ce que vous avez des modèles ?

EH : De formateur, oui, Tournier

JBB : Qui était le responsable du centre quand vous étiez là

EH : Oui

JBB : Qu’est-ce qu’il vous a apporté Tournier ?

EH : Sa connaissance du jeu,

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Tournier (au centre, ), le père de la formation sochalienne (image tirée de l’indispensable ouvrage sur l’histoire du FCSM par F. Dorier)

JBB : Vous étiez déjà arrière gauche ici ?

EH : Oui, après, j’ai aussi joué arrière central, ou des fois en six. Mais ce qu’il m’a apporté c’est sa connaissance du jeu, le travail individualisé sur les jeunes au centre. Lui, il était en avance.

JBB : Qu’est-ce qui a changé entre le centre 74-78 que vous avez connu et …

EH : C’est un management différent. Déjà, il y a le nombre. Avant, on était 16, aujourd’hui 53. Aussi bien de joueurs que du personnel. Après, il y a la gestion des joueurs. Parce qu’avant c’était « c’est comme ça et pas autrement ». Et maintenant, tu es obligé de dire « c’est comme ça, mais pour telle ou telle raison, on va … ». C’est la société.

JBB : Ça paraît un progrès, non, d’expliquer ?

EH : Ça dépend du moment. Mais je pense que de toute façon aujourd’hui pour faire avancer les gens, tu es obligé les amener plutôt que de leur taper dessus. Des fois, si ça va trop loin, il faut dire « stop, c’est comme ça et c’est tout ! ».

DM : Manager que par la trique, je pense pas qu’aujourd’hui …

EH : Non mais dire aux gens qu’ils sont bons quand ils ne sont pas bons, ce n’est pas leur rendre service. D’accord ? Et des fois pour des gens comme moi, ça demande quand même un effort de dire « oui, tu vas progresser ». A un moment il faut dire les choses comme elles sont, même si ça ne fait pas plaisir. Par contre, il faut le dire avec plus de tact. Aujourd’hui vous ne pouvez pas dire « t’es pas bon », il faut toujours broder. C’est comme ça.

JBB : Et quel regard vous portez sur votre carrière de joueur ? Parce qu’on disait que le plus difficile c’est de sortir du centre et devenir pro, comment est-ce que ça s’est passé pour vous ? Et est-ce que vous en tirez des leçons encore pour aujourd’hui ?

EH : Moi, je ne regrette rien parce que j’ai fait le maximum. Après, j’ai toujours dit : pour moi, je n’ai pas réussi, parce que, pour moi, jouer en 2e division, ce n’était pas réussir. Quand tu étais à Sochaux, et en plus moi j’étais champion d’Europe junior, j’ai gagné la Gambardella et tout, donc mon rêve était de jouer en 1ère division. Là, je le dis franchement, quelque part, le temps que j’ai coaché, je suis content parce que c’était la 1ère division.

Eric HELY Panini Chamois Niortais 1986

Période Chamois Niortais en 1986

JBB : Quand vous aviez pris le poste, vous aviez une position plus modeste : de dire « j’ai jamais pensé »

EH : Ah, non mais j’ai jamais pensé. Non, non, non, mais ça c’est vrai. J’étais heureux dans ce que je faisais, j’étais épanoui, Ils m’auraient demandé à un moment adjoint, je me disais « ça me surprendrait pas ». Mais moi je ne veux pas faire adjoint. Je n’aime pas. Je préfère coacher des U19 et faire ce que j’ai envie de faire. Le rôle d’adjoint a évolué, mais, dans ma tête, je n’ai jamais… Non, non, j’aime mon indépendance. J’aime bien décider.

JBB : Et l’expérience avec les pro en 1ère ? Qu’est-ce qui reste de plus fort de cette expérience là ?

EH : C’était intéressant. Je trouve que c’était une chance. Ça serait bien que les directeurs de centre ou même les éducateurs dans les centres aillent avec les pros pour s’enrichir et qu’après ils reviennent. Parce qu’ils se rendront compte de ce que c’est. Tu comprends mieux. Par exemple, quand je dis l’utilisation de différents systèmes, c’était enrichissant au niveau tactique. Et au niveau de la communication, ça c’était bien.

« Je sais ce que ressent l’entraîneur de l’équipe une »

 

DM : Et même des anciens joueurs qui se reconvertissent, comme on voit aujourd’hui Olivier [Baudry] ou Pierre-Alain [Frau], ils auraient besoin ?

EH : Déjà, il faut qu’ils commencent. C’est bien de faire un certain temps à la formation. Tu appliques ce que le directeur te demande de faire, tu te construis, et après, c’est bien d’aller voir en pro. A la formation, des fois, il y a des gens qui disent « oui, faut faire comme ci, faut faire comme ça ». Mais quand tu y es… C’est facile de dire : « Pourquoi il fait pas comme-ci ? Pourquoi il fait pas comme ça ? ».

Mais, je sais ce que ressent l’entraîneur de l’équipe une. Quand je vois Olivier l’autre jour, je sais pourquoi il a fait rentrer Lionel [Zouma] et pas Jérôme [Onguéné] la veille de la Gambardella. Il a voulu protéger le club. Je me mets à sa place. Tu fais ça et les gens crient « démission, démission », ce n’est pas facile à avaler. C’est comme ça… Même pour l’équipe réserve, quand j’étais coach de l’équipe réserve, je sais qu’il faut embêter le moins possible le coach de l’équipe une, parce qu’il a déjà ses soucis à lui. Bien sûr, on a nos soucis à nous, mais le coach n’est jugé qu’aux résultats.

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Olivier Echouafni sur le banc sochalien

DM : On a oublié d’en parler un peu tout à l’heure, mais comment ça se passe pour un Jérôme Onguéné ou un Nicolas Sezemba ? Ils vont à l’entraînement, donc ça c’est vous qui voyez avec Olivier ?

EH : Oui, on discute. Ils viennent souvent voir les matchs. Il m’appelle, il me dit « on a besoin de tel poste, tel poste », je propose et il valide. Maintenant qu’il les connaît, il dit « je vais appeler un tel ou un tel ». Mais au départ, quand c’est un jeune qui est en train de monter… Après, il est déjà venu voir les U19, donc il les connaît. Si on hésite entre deux, on valide mutuellement.

JBB : Et pour revenir au boulot d’entraîneur, la question que je me posais c’est : vous dites qu’il est extrêmement difficile de comprendre ce qui se passe dans la tête de l’entraîneur quand on est dans les tribunes, quel est la chose la plus importante qu’on devrait comprendre, nous supporters, sur un match ?

EH : C’est que quand l’entraîneur fait l’équipe, dans sa tête, il l’a conçu pour gagner, jamais pour perdre. Je trouve qu’il y a un décalage entre les moyens et les souhaits des supporters. Après, c’est un peu partout. Je vois qu’à Nice aujourd’hui les supporters veulent jouer la coupe d’Europe, alors qu’apparemment ils n’ont pas les moyens. Je ne connais pas toutes les raisons pour lesquelles ils s’en prennent à Puel, mais ça me fait rire, parce que Puel tire le maximum de son effectif. Les gens ne se rendent pas compte. Aujourd’hui on va dire « moi, je paye, je viens, je veux voir quelque chose ». Ils voient Barcelone et tout, ils pensent que tu vas jouer comme Barcelone ou le Bayern de Munich.

DM : Aujourd’hui on est un peu bas par rapport à ce qu’on aurait pu espérer, mais l’effectif a quand même donné ce qu’il avait à donner

EH : Si vous vous remémorez le premier mois, on aurait été bien content d’être là où on est aujourd’hui. Après, il ne faut pas de blessures, si tu es restreint.

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Hervé Renard sur le banc sochalien

JBB : Comment vous avez perçu ce qu’a fait Renard ? Parce que côté joueurs, on a eu certains joueurs en interview et ils le présentent comme une idole. Qu’est-ce qu’il a réussi à faire avec ces joueurs là ?

EH : Il a réussi à faire venir six joueurs. Et leur faire croire que c’était possible. C’était ça le plus important.

JBB : Donc dans la tête, il réussit quelque chose ?

EH : C’est ça. Et en plus, comme c’est une bête médiatique, ici tout le monde était content. Après vous en tirez ce que vous voulez. Il faut dire ce qui est. Comment dire ? Quand il est arrivé, il a boosté. Il y a eu un moment où ça s’essoufflait un peu, mais quand les six joueurs sont arrivés, c’est reparti. Et puis il a réussi à faire parler du club. Même dans une situation difficile. Et il a été, je trouve, si je parle vis-à-vis de moi, il a toujours été respectueux. Il ne me devait rien. Il a toujours été très « médiatique », mais je trouve qu’il a été respectueux de l’identité du club, des gens qui ont fait le club. C’est tout à son honneur.

« J’ai toujours aimé ça, depuis que je suis tout gosse »

 

JBB : L’identité du club, je ne sais pas dans quelle mesure on peut parler de ces questions là, mais avec la reprise, est-ce que vous pensez que l’identité peut se maintenir ? Que le centre peut continuer à être le cœur névralgique ? [L’entretien a été réalisé juste avant l’annonce officielle]

EH : Déjà je pense que c’est pour ça que c’est bien qu’il y ait des anciens joueurs qui composent le staff du centre. Il y a du changement, mais il y a un endroit où il y a de la stabilité. Et c’est quand même le centre. J’ai toujours dit qu’à compétence égale je préfère prendre un ancien sochalien qu’un autre. A compétence égale, parce qu’il ne faut pas faire du copinage. Et puis même après, tu es le responsable et c’est toi qui te retrouve à faire le boulot.

On s’aperçoit que même si on est différentes générations, on a tous un peu le même vécu et, inconsciemment, on t’a transmis des valeurs. Donc on les a et c’est intéressant. Et si on oriente la politique sur la région, les gens s’identifient plus. Même pour les gamins du centre, ça donne quand même une force parce qu’ils se disent « lui, il était là, il était là, il était là ». Je pense que c’est bien. En plus, c’est des footballeurs. Moi si on me demande, j’ai toujours préféré le profil éducateur-footballeur que le professeur.

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Pierre-Alain Frau est revenu dans le club qui l’a formé pour former à son tour

DM : Pour vous il vaut mieux avoir joué pour faire un bon formateur ?

EH : Je pense. Après ce n’est pas incontournable. Il ne faut pas non plus être obtus. Mais, je pense que c’est mieux.

JBB : Vous, vous étiez de la région ?

EH : Non, j’étais de la région parisienne. C’est ma femme qui est d’ici.

JBB : Vous vous êtes installé

EH : Pour l’instant (rires). C’est sûr, je suis venu ici. Je suis bien ici, je suis vraiment heureux ici.

JBB : Et vous veniez d’une famille qui était dans le foot ?

EH : Non

JBB : Parce qu’il y a des générations comme ça

EH : Non, non pas du tout

JBB : vous avez découvert ce monde là

EH : Oui, c’est comme ça. Mais j’ai toujours aimé ça. Depuis que je suis tout gosse. Toujours, toujours.

« Pour moi ce qui était le plus dur, c’était l’autorité »

 

JBB : Et gamin, d’arriver à 14 ans ici ? Je sais pas si c’était déjà ici ?

EH : Non, moi j’étais avenue Joffre. J’ai fait trois ans avenue Joffre, après j’ai fait six mois aux villas, et les six derniers mois je suis revenu avenue Chabaud. On était la première génération à arriver à quatorze ans et demi. On avait choisi, on nous a pas obligé. On voulait nous recruter. Je ne dis pas que c’était facile tous les jours. Pour moi ce qui était le plus dur, c’était l’autorité. Je pense que je suis discipliné naturellement et je n’ai pas besoin qu’on me dise « tu fais comme ça, ça, ça ». Comme dans le travail, je n’ai pas besoin qu’on me dise « tu travailles ». C’est naturel. Si je fais douze heures, il n’y a personne qui me dit… si je dois faire douze heures, je les fais, si je dois faire treize heures, je les fais, si je ne dois faire que huit heures… Mais j’en ferai toujours plus que moins. Ce que j’aime bien c’est que je suis libre, entre guillemets.

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Au centre de formation (source : F. Dorier, F.C. Sochaux Montbéliard)

JBB : Ne pas dépendre…

EH : Oui, et au centre, vous me demandiez ce que je n’ai pas aimé, c’est ça, l’autorité. Même si je comprends qu’il y en ait (rires).

« Je me méfie de ceux qui ont des têtes d’ange »

JBB : les gamins ont changé ? Entre ceux que vous avez connu et puis toutes les générations et aujourd’hui ?

EH : Ça change. Pas au quotidien. C’est dans la façon de parvenir à réussir. C’est ça qui a changé. Nous, on savait qu’il fallait travailler. On avait ça en tête, on avait l’exemple de nos parents. Nos parents, il me semble, qu’ils se mêlait très peu de notre carrière. On avait pas d’agents. L’autorité du club était plus ancrée. A la limite, t’étais pas bon tu te disais « c’est de ta faute » et tu savais que c’était dur de rebondir.

Et aujourd’hui c’est ça qui a changé. C’est-à-dire que parfois, il ne faut pas dire tout le temps, mais parfois quand c’est un peu difficile avec les gamins, les parents interfèrent un peu. Je dis bien parfois… c’est une minorité, franchement. Des fois, ça peut être des agents. Quand c’est un bon élément, ils disent « ça va pas assez vite ». Mais bon, c’est aussi pour garder le bon élément. Il y a plus d’interférences.

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Les jeunes, c’était mieux avant

JBB : Je me suis marré parce que je cherchais des interviews de Tournier et je tombe sur un vieux papier dans lequel il y a je crois Suaudeau et lui qui disent « ah, mais maintenant, les jeunes – on est en 1980 – maintenant les jeunes ils ne bossent plus » …

EH : Je sais. Tout le temps. Je pense que je n’ai pas oublié quand j’étais gosse. Je connais le centre, je sais comment ça se passe. Lui [Tournier], il nous disait tout le temps « vous vous êtes des « oui mais » ». Il disait : « regardez Bernard Genghini », alors qu’il n’y avait que quatre ans d’écart, « jamais de… tu leur dis ils font, ils font, vous vous faites tout le temps « oui, mais, oui, mais » ».

Et maintenant, aujourd’hui … je suis d’accord. Je trouve que c’est les interférences externes, mais au quotidien, ça n’a pas beaucoup changé. Après, on oublie. Des fois, on va dire « ils sont pas assez concentrés sur les soins ». Mais monsieur Tournier, il disait tout le temps « ouai, après l’entraînement vous êtes pressés pour aller en ville ». C’est pour ça que moi, il y a des choses pour lesquelles que je ne me prends pas la tête. Du style, il y en a qui vont manger des gâteaux dans leur chambre … et nous qu’est-ce qu’on faisait ? Je me méfie de ceux qui ont des têtes d’ange parce que je sais que… Au centre, tu te méfies de ceux qui ont des caractères un peu durs, et les autres, tu dis « c’est des anges », alors qu’ils peuvent être des démons, et que les autres sont relativement sérieux. On se sert de l’expérience de quand on était gosse.

JBB : Et les meilleurs moments dans la vie du centre, pour vous ? Parce que là vous parlez beaucoup de tendresse vis-à-vis des gamins ? On peut pas faire autrement

EH : Les meilleurs moments, ici, c’est tout le temps.

JBB : Le plus grand plaisir c’est quoi ? C’est de les amener en Gambardella, c’est …

EH : C’est d’être avec eux. Le meilleur moment, on va dire, c’est tout ce qui est, malgré tout, terrain. Parce que quand je suis sur le terrain, il n’y a pas de choses qui interfèrent. Vous savez comment c’est, c’est la vie quoi. Tu as toujours un petit truc qui ne va pas. La machine à laver, est en panne et il faut la réparer. Ils viennent me voir « qu’est-ce qu’on fait ? » On a compris, c’est clair, mais bon… Oui, quand tu es avec eux, c’est bien. Même quand tu passes à l’internat.

« Dans la formation tu es beaucoup plus dans l’affectif »

 

DM : C‘est une légende que vous passez toujours à des heures différentes voir si tout le monde est là ?

EH : Non, non, quand il y avait déjà Jean-Luc avant, on le faisait. Chacun prend une semaine et on doit passer un soir. On choisit son heure et chacun définit une semaine, comme ça ce n’est pas trop lourd. Et on doit passer au moment qu’on choisit. C’est comme le matin, au petit déjeuner, il y a toujours quelqu’un. Le soir, il y a toujours quelqu’un, toujours un éducateur qui reste. Je pense que c’est important. Même si on est là pour surveiller, ça montre aussi l’exemple. Parce que vous dites « le matin il faut se lever pour déjeuner » et vous vous êtes là à sept heures. Les gamins, ils ne sont pas fous, ils regardent beaucoup l’exemple. Si tu lui dis « tu peux compter sur moi » et que le soir à 19 heures il arrive et il dit « est-ce que je peux vous voir ? » et que tu dis « non, je m’excuse, mais je m’en vais », tu ne peux pas fonctionner comme ça avec les gamins.

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Les U19 avant la Gambardella

JBB : C’est presque un rôle de parents ça ?

EH : Avec eux toute façon, tu les as beaucoup, mais tu n’es pas leur parent. Il ne faut pas l’oublier. De toute façon la formation tu es beaucoup plus, on va dire, dans l’émotion, dans l’affectif qu’avec les pros. Avec les pros, quand ils ne jouent pas, et ça se comprend, tu es dans l’immédiat. Le mec quand il ne joue pas, il se préoccupe déjà de son avenir et donc là c’est différent. Par exemple, le vendredi avec les pros, quand tu donnes le groupe, enfin maintenant c’est jeudi, tu sens la tension.

JBB : Ça c’est dur ?

EH : Non, pas dur, mais tu sens qu’il y a de la tension. Tu sens que les mecs attendent le groupe et que ceux qui n’y sont pas… Ici, c’est différent. C’est plus dans le temps. Ici c’est plus l’espoir. Tu es dans l’espoir. Tu espères le faire évoluer. En pro, il ne faut pas te prendre la tête, tu le feras pas changer. Prends le comme il est, optimise son potentiel. Même si tu peux un peu le faire évoluer, si tu sens qu’il veut évoluer, mais sinon. Mais ici tu rêves de le faire évoluer. En tant que joueur, en tant qu’être humain tu vas lui amener des choses. Après il ne va pas tout prendre. Mais, de toute façon, inconsciemment il sera marqué.

Moi je le sais. Je dis « Monsieur Tournier », mais quand j’ai quitté le centre de formation, j’en pouvais plus (rires). Non, mais c’était trop. Mais je sais pourquoi il l’a fait. Et la preuve : tous ceux qui l’ont eu, entre guillemets, en tout cas à Sochaux on le vénère.

« Jouer en Ligue 2, ce n’est pas réussir »

JBB : Il est arrivé à Monaco ensuite, c’est ça ? Il fait éclore toute une génération …

EH : Plaisir Bahamboula, vous l’avez pas connu, il a joué un peu en CFA. Il y a des joueurs que tu quittes, tu es un peu en conflit. Même Cherif Faty, des fois, c’était pas toujours… Mais à l’automne il est revenu s’entraîner et c’est un agneau. Et je suis sûr que si on lui pose la question, il ne va dire que du bien. Parce que c’est sur que des fois tu leur dis des choses qu’ils ne veulent pas entendre. La première chose qu’ils ne veulent pas entendre, déjà c’est, admettons qu’ils nous quittent, nous on pense à quel niveau ils peuvent évoluer. Mais, eux ne veulent pas entendre. Ils veulent entendre ce que les gens leur disent « toi tu sais tu peux rebondir, tu finiras par trouver et tout ». Je ne dis pas que c’est impossible. Mais si on prend la majorité …

JBB : Tout à l’heure, vous nous aviez dit « le but c’est qu’ils sortent en équipe première chez nous », et il n’y a pas l’idée que certains peuvent faire une carrière en national, en ligue 2 ou je sais pas quoi ?

EH : Ça c’est bien, mais ce n’est pas réussir. Ça me fait plaisir. Ce que je veux c’est qu’ils réussissent en tant qu’homme. Ça me fait plaisir, mais sportivement ce n’est pas réussir. Des fois, je suis moins inquiet pour un gamin qui a arrêté le foot, mais dont je sais qu’il a les études, que pour certains qui jouent en CFA, mais qu’est-ce qu’ils vont faire après ? Y en a certains avec qui on est resté assez lié, mais je me demande après, à trente ans, qu’est-ce qu’ils vont faire ? Ce n’est pas la peur qu’ils réussissent ailleurs. Sur dix qui vont choisir « moi je veux continuer », il y en a peut-être un qui va réussir et les dix autres qui vont se mettre à poil. Moi je dis « choisis un club où il y a une université ou une fac, que au moins tu te donnes la possibilité… ». Mais après, ils ne nous écoutent plus.

DM : Une fois que le couperet est tombé …

EH : Au moins, on leur dit. Après ça dépend de ton bagage. Si le gamin est limité à l’école, à la limite, je comprends qu’il dise « je vais tenter ma chance ». De toute façon, il a tout à gagner. Mais le gamin qui est doué à l’école, franchement, choisis une ville où il y a une fac… Guillaume Lafrance, vous le connaissez ? Il y a deux ans il était venu me voir : « on me propose de rester amateur, qu’est-ce que vous en pensez ? » Je lui dis franchement : « je pense que tu peux pas réussir, tu me connais, je t’aime bien, mais va à Besançon, tu reprends tes études et tu te fais une situation ». Vous voyez Yoann Collas ? Il est gardien à Belfort, deuxième gardien. Mais apparemment, il s’est fait une situation. C’est ça le plus important. En tout cas, comme vous dites, je réagis un peu comme un père. Pour moi, c’est plus réconfortant. De dire ils vont réussir leur vie. Parce qu’il y en a, c’est inquiétant.

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Anthony Hacquard (à gauche) avec le maillot sochalien

DM : S‘ils ne réussissent pas dans le foot après, on se demande comment ils vont rebondir. Il n’y a pas cinquante mille Hamouma qui vont se refaire la cerise.

EH : Hier, je parlais à un père. On dit Romain, mais tous les ans, vous en avez quatre qui sortent de tous les clubs. Je prends une moyenne, aspirants et stagiaires. Disons, il y en a dix qui sortent par club. On est quarante clubs. Ça fait 400 sur le marché. Combien par un autre biais réussissent ? Il n’y en a même pas un sur 400.

Le père m’appelle. Le gamin je vais lui dire, mais qu’il continue ses études, il est bon à l’école. Et le gamin, il veut s’accrocher à son rêve… Je prends un exemple : Anthony Hacquard, vous connaissez, il joue à Belfort. Anthony Hacquard, ça ne lui plaisait pas. Je l’avais, mais je n’étais pas un grand fan de son jeu. Mais, il était intelligent, il travaillait bien à l’école, très bien éduqué, courageux, tout. C’était obligé qu’il réussisse dans la vie. Moi je lui « tu réussiras pas », c’est sûr qu’il voulait entendre autre chose. Mais voilà. La preuve, le gars il a fait un ou deux clubs, après il s’est stabilisé à Belfort. Là, il passe ses brevets d’éducateur, mais il a le bac. Le principal c’est qu’il soit bien.

C’est soit faire réussir les gamins en pro, soit leur donner le bagage. Et ça, j’en suis certain qu’on leur donne le bagage. On a souvent entendu « le foot, ça fait, entre guillemets, des choux ». Je ne suis pas d’accord. On ne peut pas dire que le gamin qui est arrivé chez nous en sort moins bien au niveau du cadre scolaire. Il sera toujours au moins aussi bien.

« On forme, c’est l’identité de Sochaux »

 

JBB : On voit Omar Daf mercredi, quelle question on doit lui poser ?

EH : (il réfléchit). De toute façon, je sais ce qu’il va vous dire. Est-ce que c’est pas trop difficile d’entraîner des joueurs, entre guillemets, moins talentueux que ce qu’il a connu et qui sont plus capricieux ? Parce que Pierre-Alain Frau, pour discuter avec lui, il me dit ce que tu as connu des fois, dans les grands clubs je pense que tu les aurais pas. Ce que je trouve normal. Corchia, pourquoi il a été au-dessus ? Parce que Corchia c’était un bon joueur et il a fait exprès de franchir les paliers. Des fois, pourquoi il y a des joueurs à un certain niveau ? C’est parce qu’ils ont un potentiel, mais il y a toujours un manque.

Une fois, il y avait un spectateur, qui m’a dit… Il m’a énervé, on jouait contre Marseille. Il m’a dit « mais pourquoi Marseille ils sont tous grands et nous ils sont tous petits ? ». Je lui ai dit : quand chez nous le joueur est grand et bon, Marseille l’achète. C’est vrai. Jérémy Mathieu, pourquoi il joue à Barcelone ?

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Sanjin Prcic, parti trop tôt ?

JBB : C’est la limite qu’on aura toujours ou il peut y avoir autre chose ici ? De vendre les mecs

EH : Je pense que c’est former. Si on peut faire jouer pendant deux ou trois ans au moins, et après laisser partir. Il faut pas qu’ils partent au bout d’un an.

JBB : Ça part trop tôt là

EH : et c’est ça qui nous a mis par terre, parmi les raisons. Si tu peux vendre…

JBB : Mais le marché est très dur là

EH : Oui, là ça freine un peu. Il y a un moment ça se jetait. Mais Marvin, par exemple, c’était bien parce qu’il a été jusqu’à 23 ans. Mais, pour moi, Sanjin Prcic, ça va trop vite.

DM : C’est clairement le cas d’école où …

EH : Mais c’est lui. Une bonne politique ce n’est pas facile. Si on parle que sportif : tu les formes, ils faut qu’ils comprennent que les gamins, quand ils sont espoirs, il faut beaucoup travailler. Ils commencent à jouer, ils jouent deux, trois ans. Qu’ils soient vraiment, vraiment, vraiment performants avec l’équipe pendant au moins une année. Vraiment performants. Au début, il y a toujours des imperfections, mais ce qui est normal parce que ce sont de jeunes joueurs. Mais je pense trois ans… De toute façon, on en a besoin. On forme pour ça. C’est l’identité, c’est Sochaux.

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Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

2 commentaires

  1. Article très intéressant ! Merci pour cette interview

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