De quoi Bonal est-il le nom ?

Un petit rappel n’est sans doute pas si inutile.

Depuis 1945, le stade de la Forge à Sochaux porte le nom d’Auguste Bonal. Si son portrait ne figure qu’assez discrètement aux abords du stade, sur l’un des panneaux « touristico-informatifs », l’ombre de ce personnage plane encore et planera toujours sur les usines Peugeot, sur l’histoire de la 2nde Guerre mondiale et sur la mémoire de ce territoire si particulier de Sochaux-Montbéliard.

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Auguste Bonal est né dans la région parisienne, à Sèvres, en 1898. Pour le peu que l’on sache sur cet homme discret, il effectue de brillantes études industrielles, et c’est en ingénieur plein de talents qu’il arrive à Sochaux. Il devient dans les années 30 directeur de l’emboutissage, un sacré poste pour l’époque. Il est nommé directeur sportif du FCSM en 1941. On n’est pas sûr du tout de son intérêt pour le football, mais comme tout ce qu’il entreprend, il le fait avec beaucoup d’application et d’implication.

En 1943, à la suite de la découverte par les Nazis (sous la houlette du funeste Ferdinand Porsche, LE Porsche, inféodé jusqu’à la caricature à Hitler, lui le dessinateur de la Coccinelle offerte pour les 50 ans du Führer, lui qui supervise toute la production industrielle en Europe et en dénonce avec sadisme et véhémence toute anomalie) d’une série de micro-sabotages destinés à ralentir la production des usines Peugeot réquisitionnées au profit de l’Allemagne, Bonal est emprisonné puis déporté. Il mourra en avril 1945 lors d’une « Marche de la mort », expédition forcée où les Allemands, en pleine débâcle, embarquaient leurs prisonniers avec le double but d’en faire mourir le maximum et d’éventuellement les utiliser comme gage de bonne foi au cas où leur route croiserait celle des Alliés.

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Que les futurs nouveaux propriétaires du FCSM réfléchissent bien avant de changer le nom du stade, comme l’une des rumeurs le dit, même si on l’espère fausse. Car le cas est rare en France. Parmi tous les clubs majeurs de l’histoire du sport français, seul le stade Auguste Delaune de Reims porte aussi le nom d’un martyr du nazisme, torturé à mort en 1943 par la Gestapo. On peut aussi citer les stades de Châteauroux et de Clermont, respectivement Gaston Petit et Gabriel Montpied, résistants actifs mais ayant heureusement tous deux survécu à la guerre.

Dernière précision : ce n’est pas l’année pour venir me chercher des poux sur la tête avec Auguste. A sa mort, Bonal avait 47 ans. L’âge que j’ai en 2015. Un maillon de plus dans la chaîne invisible et éternelle qui me lie à lui.

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Auteur: Hervé

Chaotique à temps partiel. Fréquente Bonal en 1981-82 puis en 2013-2014. Normandie depuis.

2 commentaires

  1. Bonjour,

    c’est un bon résumé. J’ai fait un travail d’histoire sur Bonal qu’il serait fastidieux de déballer ici.Son gendre vivait encore à Montbéliard il y a de cela 3 ans. Je ne sais pas s’il est encore en vie car il avait plus de 80 ans lorsque je l’ai rencontré.

    Je reviens juste, en précision sur les circonstances de sa mort. Comme indiqué, il a en effet été enrôlé dans une « marche de la mort ». Mais, le 22 avril 45, dans la nuit, et quelques jours seulement avant la fin de la guerre en Europe, les soldats allemands qui encadraient les prisonniers du camp, dont Bonal, se sont enfuis en apprenant que les alliés étaient à quelques kilomètres seulement de la forêt où ils stationnaient.

    Au petit matin, les prisonniers se sont retrouvés livrés à eux-même en pleine campagne allemande, en pays hostile, sans nourriture. Bonal et deux de ses compagnons ont alors pris les choses en main et ils sont partis chercher de la nourriture dans le village voisin. Sauf qu’en sortant de la forêt, et alors qu’ils étaient à découvert, une villageoise les a aperçu et les a dénoncé à la Wehmacht qui était plus loin au village. Et alors qu’ils s’approchaient discrètement du village, cachés dans les buissons et le talus en bord de route, une patrouille allemande s’est approchée en voiture et un officier a sorti son arme et tiré à bout portant sur Bonal et son compagnon, les abattants de sang froid. Le troisième y a échappé par miracle et a pu rapporter l’histoire.

    Merci pour votre site qui est très bien documenté et continuez à nourrir notre passion.

    Bien cordialement,

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    • Merci pour ces précisions, que je n’avais pas intégrées à un article que je voulais assez ramassé et « percutant », pour ainsi dire. Amitiés sochaliennes (et normandes, pour ma part, également ^^)

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