Losange de Zeidler, forces et faiblesses

Les trois premiers matchs de championnat ont vu les sochaliens de Zeidler adopter un schéma nouveau, en 442 losange. Avec beaucoup de réussite pour l’instant (2 victoires, 1 nul). Décryptage des forces et faiblesses de ce dispositif, et de ce qui s’ensuit sur le terrain.

Les éléments de base de la tactique au foot sont toujours les mêmes : on regarde les zones du terrain, on regarde combien de joueurs on met dans telle ou telle zone, et avec quels rôles. Le but de la tactique est de générer et de gérer des déséquilibres : avoir plus de joueurs que l’adversaire à un moment donné à tel endroit. Tout déséquilibre positif a nécessairement sa contre-partie négative : si l’on mobilise ses joueurs à tel endroit, on ouvre des espaces exploitables pour l’adversaire ailleurs.

Le losange (ou diamant) sochalien

Si on ajoute à cette première description du positionnement des joueurs par zone, la hauteur des lignes défensives et l’organisation du pressing, on obtient les éléments de base qui définissent le style de jeu d’une équipe. Un même schéma (433, 4231, 442, etc) peut, en effet, se prêter à des « animations » différentes, selon les rôles confiés aux joueurs et à la manière dont s’organise la récupération du ballon. A ce moment là, on a le plan de jeu, qui peut varier selon les événements du match.

les forces du losange : parlons du 10

Le principal intérêt du losange est sa densité dans l’axe du terrain : 2 attaquants de pointe, un numéro 10, deux milieux axiaux, et un milieu reculé. Aucun autre schéma ne propose une telle densité dans l’axe : les deux milieux du 442 à plat se retrouvent face à 4 joueurs axiaux, les trois milieux des schémas aujourd’hui dominant du 433 et 4231 doivent aussi gérer un joueur supplémentaire. Cette supériorité numérique offre la possibilité de trouver des passes dans la zone axiale, qui est aussi celle du rendement maximal pour la construction des attaques.

L’un des défis de ce schéma dans son animation offensive est de compenser le déficit de largeur. Cela peut être fait par le latéral lui-même – on y reviendra -, mais aussi par le trident offensif (le 10 et les 9), qui doivent forcément produire des courses dans ces espaces pour mobiliser les défenseurs. C’est le rôle dévolu à Touzghar, Kalulu et Martin lui-même qui s’excentre régulièrement.

Le joueur qui se régale et doit régaler dans ce schéma est le numéro 10, qui bénéfice de la présence de deux attaquants devant lui. Comme ces deux attaquants mobilisent chacun la surveillance a minima d’un défenseur central, il peut bénéficier de plus de temps et d’espace pour contribuer au jeu offensif. Mais si le 10 est serré, par exemple, par le 6 adverse, c’est à ce moment là un des milieux axiaux qui retrouve de la liberté. D’où l’importance de Ba et de Daham, à qui une grande liberté offensive est accordée. Ce qui produit mécaniquement un dilemme pour les milieux axiaux et milieux défensifs adverses : qui suivre ?

Dans le cas du Sochaux de Zeidler, le choix de confier le rôle de numéro 10 à Martin me paraît assez original. Martin n’est pas un 10 classique qui va briller par la passe menant à un tir et/ou l’élimination individuelle. La qualité principale de Martin me paraît être, outre son endurance, la frappe de loin. En le plaçant en électron libre dans cette zone clé, le losange de Zeidler offre des positions de frappe exploitables à Martin. Ce qui marche pour l’instant du feu de dieu. En imaginant Aktas ou un autre profil plus classique de 10 dans cette zone, l’animation peut être modifiée pour déstabiliser l’adversaire.

Il faut comprendre dans ce schéma que Kalulu et Touzghar sont décisifs pour l’équipe, alors même qu’ils ne marquent pas : ils libèrent mécaniquement Martin, en faisant tourner en bourrique la défense par leurs courses, qui ne peuvent pas ne pas être suivies de près. Comme Martin peut toujours basculer dans l’activité standard de passeur décisif, les adversaires doivent toujours être en mesure de réagir à deux animations différentes. Usage malin et original d’un schéma classique.

les faiblesses du losange : parlons du latéral, parlons du 6

Si la densité axiale fait la force du losange, la contre-partie est aussi évidente à identifier : le latéral se retrouve seul pour l’occupation des côtés, face à l’ailier et au latéral adverse. Si le latéral sochalien monte, pour offrir des solutions dans la largeur, comme c’est le cas d’Alphonse, le risque qu’il soit pris dans son dos est maximal, puisqu’il y a ici un espace gigantesque à exploiter pour les contre-attaques.

Comment contrer le losange ? Quevilly a fourni une bonne illustration, que l’on sera sans doute amenée à revoir régulièrement dans la saison : un bloc bas et compact qui minimise les espaces dans l’axe, et qui à la récupération du ballon cherche systématiquement la zone derrière le latéral offensif pour lancer des ailiers rapides. Ironie de l’histoire : le pire adversaire contre le Sochaux d’aujourd’hui serait le Sochaux d’hier, celui de Cartier.

En passant par le côté et en jouant derrière le latéral, le bénéfice est double : soit ça va au but sur contre-attaque, soit l’équipe a de bonnes chances d’obtenir un corner et de jouer une phase de jeu, dans laquelle la défense sochalienne n’est pas la plus rassurante. Ceci dit, si l’on reste sur Quevilly, l’équipe a été prise à son propre piège : les coups de pieds arrêtés était la seule phase sur laquelle Quevilly acceptait de se découvrir en mobilisant ses joueurs en nombre sur les phases offensives, et c’est sur une telle phase que l’équipe a été punie par un contre sochalien !

Pour compenser les faiblesses du losange, deux joueurs ont un rôle particulièrement décisif : le latéral qui doit littéralement jouer pour deux, dans notre cas Alphonse, mais aussi le six, ici Tardieu, qui doit être particulièrement vigilant pour couper les lignes de passes et anticiper sur les contre-attaques adverses. Dans la situation où les sochaliens ont pu se regrouper et défendre dans une position basse, un joueur doit aider le latéral, mais je ne sais pas encore trop qui s’y colle !

Comme pour Martin, et sa qualité de frappe de loin, le schéma de Zeidler exploite les qualités spécifiques d’Alphonse, dont on connaît la vitesse et la capacité de débordement, mais aussi de Tardieu, qui est un des meilleurs joueurs en termes de jeu sans ballon et d’interceptions. On peut, en revanche, s’interroger sur les capacités de Tardieu à mener le jeu à partir d’une position reculée, comme sur les efforts physiques demandés à Alphonse.

Sochaux domine souvent les entâmes de match, mais concède beaucoup en fin de rencontre, alors qu’Alphonse maintient son implication offensive. L’exigence est maximale, et peut-être intenable. Zeidler n’a toujours pas fourni de solution à cette difficulté récurrente.

Tout cela nous donne les lignes de base du schéma et explique ce qu’on a vu sur les terrains dans les phases clés : buts marqués et buts encaissés. Reste à décrypter le détail de l’animation offensive, et notamment le travail et les courses des attaquants, l’organisation du pressing et le comportement des centraux sur les phases de possession et de transition. Pour plus tard !

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Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

2 commentaires

  1. La faiblesse défensive des latéraux, surtout à droite, Lens a tenté de l’exploiter avec un neuf jouant surtout sur Teikeu pour éviter que celui-ci coupe derrière Alphonse. C’était alors un de leur milieux qui se glissait derrière Alphonse pour se retrouver seul.
    Le pressing fort a permis d’éviter que ce joueur ne reçoive la balle.
    Même avec de l’inferiorité numérique derrière , l’équipe presse pour bloquer les transmissions plus que de marquer. Le nombre d’interceptions risque d’être un bel indicateur.

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    • Commentaire extra. J’ai très envie d’essayer maintenant des analyses sur des phases de jeu spécifiques !

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