Ajaccio 0 – 0 Sochaux (24/02/2017)

Les Sochaliens ont livré une prestation proche du néant footballistique à Ajaccio (0-0). Il faudra fallu attendre la 2e mi-temps pour voir l’équipe alignée par Cartier cadrer un tir, le seul du match. On aura entendu le commentateur de Bein au bord de la crise de nerf : « ce contrôle manqué entrera au musée des horreurs », « a-t-on déjà vu un match aussi déprimant ? », etc. Pourtant, en conférence Cartier comme Pantaloni semblaient plutôt satisfaits de la performance respective des deux équipes.

Comment lire ce match, comme chaque semaine et en attendant les notes des supporters, un petit tour par les stats, grâce à notre partenaire Instat. Avec 3 focus :
(1) jusqu’à quel point les sochaliens sont-ils dans une mauvaise passe ?
(2) pourquoi le milieu à 3 n’a pas fonctionné ?
(3) comment expliquer les difficultés de nos ailiers ?

Jusqu’où s’étend la mauvaise passe sochalienne ?

Au micro de France Bleu, avant-match, Cartier a cherché à minimiser les difficultés de l’équipe, en expliquant que Sochaux était l’équipe qui gagnait le plus de duels, avait la plus forte possession et tirait le plus au but. Si la première statistique est exacte, la deuxième est délirante, quand la troisième s’approche de la vérité, mais ne nous dit rien sur la qualité des tirs.

Faute de disposer d’un indicateur de performance efficace comme les expected goals, qui mesurent justement la qualité des tirs, l’indicateur sur lequel nous pouvons nous reposer en L2 est le ratio de tirs cadrés : on regarde les équipes qui produisent plus de tirs cadrés que leurs adversaires, ce qui est une manière assez solide de prédire le nombre de points. Sur le long terme, les résultats suivent la performance.

Le ratio de tirs cadrés sochalien sur la saison

Or, sur cet indicateur-clé, force est de constater l’effondrement sochalien depuis la reprise. A l’exception du match de Laval où les tirs cadrés s’équilibrent (dans la médiocrité), Sochaux a systématiquement été dominé. Ce qui n’était arrivé que 5 fois en première partie de saison.

Si on revient au match d’Ajaccio, le nul apparaît comme un bon résultat. Avec 1 seul tir cadré pour les sochaliens contre 4 pour les ajacciens, les visiteurs s’en tirent bien. Ajaccio est une équipe qui avait accumulé les bons résultats à domicile. Le résultat en lui-même n’est pas une contre-performance, mais c’est la manière qui inquiète.

Les passes clés sochaliennes : le néant footballistique

Comment expliquer cet effondrement depuis la reprise ? De l’extérieur, c’est mystérieux. Cartier a d’abord essayé d’intégrer très vite ses recrues, ce qui s’est soldé par un fiasco complet. Quelque chose s’est-il cassé dans la dynamique du groupe ? L’absence de Teikeu a-t-elle joué (même si à Ajaccio c’est plutôt Ogier qui a profité du retour de son compère pour sortir un gros match) ?

Tout cela est difficile à comprendre. Reste que l’équipe montre une passivité et une lenteur effrayante sur le terrain, bien loin de certaines prestations volontaristes de la première moitié de saison, qui pouvaient nous enthousiasmer.

Pourquoi le milieu à 3 n’a pas fonctionné ?

Il n’y avait pas forcément besoin d’être très versé dans le football pour prédire ce qui allait se passer à Ajaccio, au vu des compositions d’équipe. Deux blocs solides en 433 s’opposaient. Côté sochalien, avec la titularisation de Tardieu, Fuchs et Ilaimaharitra (rapidement remplacé par Ramaré), il n’y avait tout simplement aucun joueur capable de créer des différences par la passe ou le dribble (le rôle dans lequel Bérenguer avait échoué la semaine précédente, mais où Larbi avait fait bonne impression). Dans ces conditions, nous avions peu de chance de voir du football technique. Les deux blocs se sont largement neutralisés avec des stats très similaires dans tous les compartiments du jeu (hors l’attaque, on y reviendra).

En revanche, ce qui est plus préoccupant est le rendement du milieu à 3. Côté Tardieu, on est proche du rendement habituel : le joueur qui réussit le plus de passes, d’actions, de tacles, récupère le plus de ballons. En revanche, Tardieu n’a disputé aucun duel aérien. Est-ce un effet du milieu à 3 ? De l’opposition ? Ou bien faut-il y voir une retenue liée à son épaule en vrac ? Cela peut-être un motif d’inquiétude, tant ce joueur, par la constance de son engagement, est crucial pour l’équipe.

Dans l’organisation de Cartier, Fuchs a été utilisé comme un box to box, avec la possibilité de monter pour aider les attaques. Si son travail défensif a été de bonne qualité, avec un impact égal à Tardieu sur le plan des duels, force est de constater que Fuchs n’a pas pu apporter le moindre liant en attaque, où il n’a pas pu trouver la moindre passe vers la surface. A utiliser des joueurs en dehors de leur qualité, dans une animation particulièrement famélique qui plus est, on ne produit pas grand chose.

Les passes de Fuchs

Le cas de Ramaré me paraît plus inquiétant. Si ses taux de passes réussies sont plutôt bons, mais sans avoir apporté quoi que ce soit de notable vers l’avant, l’engagement défensif est lui nettement en retrait : Fuchs est à 71% de duels défensifs réussis, Tardieu à 56%, quand Ramaré est à 20%, avec un volume de ballons joués nettement inférieur. Si on veut être optimiste, on peut se dire qu’il a amélioré le pourcentage d’Ilaimaharitra qui était à 17% de duels défensifs gagnés ! A ce compte-là, on peut se dire que l’ajout d’un 3e milieu a été absolument sans aucun intérêt à la récupération. La répartition des rôles prévue par Cartier n’a pas fonctionné.

Mais où sont passés nos attaquants ?

Le radar parle de lui-même. Il est très difficile de discerner nos sochaliens par rapport à leurs adversaires du jour. La comparaison est d’autant plus fidèle que les dispositifs étaient similaires, avec un rendement équivalent sur les lignes arrière. Les ajacciens ont réussi des différences individuelles dont les sochaliens ont été incapables.

Si on regarde dans le détail, il y a de quoi prendre peur : en première mi-temps, Sao gagne 14% de ses duels offensifs (contre 50% en 2e), quand Honorat est à 0% de duels gagnés (20% en 2e). A titre de comparaison, Nouri est à 43%, Gakpa à 64% de duels offensifs remportés sur le match.

Faut-il aller chercher l’explication plus loin que les différences individuelles ? A la décharge de nos offensifs, ils sont régulièrement servis dans des situations de 1 vs 2, collés à la ligne de touche et déjà enfermés sur l’aile. Sans un minimum d’espaces, travaillés par des renversements de jeu dont les milieux ont la responsabilité, il paraît difficile de faire quoi que ce soit dans ces situations. Le fait qu’Alphonse soit le joueur qui a touché le plus de ballons côté sochalien renforce cette stérilité générale : tout démarre déjà coincés sur le côté, où la ligne de touche joue le rôle mécaniquement d’un défenseur supplémentaire.

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Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

2 commentaires

  1. super article merci !

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    • Merci ! Ça fait plaisir et encourage à poursuivre dans ce format. Nous avons été sevrés de données pendant si longtemps que le partenariat avec Instat est une bénédiction !

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