Le football, ce n’est pas mathématique : entretien avec Faneva Andriatsima

Nous avons rencontré Fanéva Andriatsima un peu par hasard début janvier. Et nous avons discuté longuement. Il a accepté de revenir pour la Bande à Bonal sur les aléas de sa carrière, sa vision du foot malgache, son rôle auprès des jeunes à Sochaux et ses ambitions pour l’avenir. Entretien fleuve avec un joueur aussi généreux sur le terrain qu’au dehors !

Tu as connu un parcours plutôt atypique, comment es-tu entré dans le monde du football ?

Au point de départ, je n’ai jamais pensé être footballeur pro, encore moins en Europe. A Madagascar, ce n’est vraiment pas comme en France. En France, les parcours sont définis : tu ingères le centre de formation à 15-16 ans, à 17-18 ans tu sors en stagiaire ou élite, et après pro. Chez nous, il n’y a pas cette structure-là. On doit travailler un petit peu à côté, aller à l’école en même temps. On n’a pas cet avenir tout tracé des jeunes joueurs en France qui intègrent un centre de formation.

Ça veut dire que du jour au lendemain tu peux être « footballeur », mais aussi te retrouver à travailler comme tout le monde. Rien n’est certain, rien n’est gagné. A Madagascar, tu joues en équipe nationale, et, deux ans après, tu peux te trouver dans la société à travailler, comme un employé normal.

Chez nous, il n’y a pas de centres de formation. Je trouve que pour les jeunes footballeurs en France, c’est un privilège.  Je vois mon fils qui a 6 ans, et qui intègre déjà une petite équipe. Moi, à 6 ans, je ne pensais même pas à ce quelqu’un m’apprenne à contrôler le ballon ou faire les petits appuis. Je n’ai jamais fait ça dans ma jeunesse.
J’ai commencé à taper un peu le ballon, avec un encadrement, à 16-17 ans. Avant ça, je n’étais pas encadré : j’ai joué au foot dans la rue. Il y a quatre, cinq, six jeunes, on prend un petit ballon et on joue comme ça. On n’a pas pour but d’être footballeurs, on joue, on s’amuse.

Mon premier encadrement, ça a été vers 16-17 ans. A cet âge là, on commence à faire les compétitions inter-scolaires. Il y a ton prof d’EPS qui t’encadre un peu. Il te suit sur les sélections de ton école, pour faire les déplacements. Mais il n’y a pas d’entraînement particulier. On fait comme ça.

Ta première expérience de footballeur professionnel, ça arrive quand ?

Mes parents ne voulaient pas que je joue au foot tant que je n’avais pas le bac ! J’ai eu mon bac, je crois,  à 17 ans. Un an après, je voulais partir. J’estimais que j’avais assez attendu : j’avais eu mon bac, ça voulait dire que je pouvais jouer au foot ! Je suis parti à Maurice.

J’ai tenté l’aventure, mais ça n’a duré que 2 mois.Ça ne me correspondait pas du tout. J’ai fait 6 ou 7 matchs. J’ai marqué quand même 4 buts. Mais ce n’était vraiment pas ce que je voulais. Ce n’était pas tenable au niveau des salaires.

J’ai quitté l’île Maurice par un coup de force ! J’ai appelé l’ambassade, j’ai fais le forcing pendant 3 jours. Et avec l’intervention de l’ambassade de Madagascar, j’ai eu mon billet d’avion, je suis parti et je suis rentré chez moi !

Que s’est-il passé ensuite ?

Je suis retourné dans « mon petit club formateur ». C’est comme les écoles de foot dans les quartiers ici.  Mon club était en 2ème division à l’époque. Je suis retourné jouer là-bas et on a retrouvé la première division. J’ai fait une saison en 1ère division avec mon club formateur. J’ai terminé meilleur buteur du championnat provençal.

Notre coach est alors parti entraîner l’USCA Foot, qui était le champion de Madagascar à cette époque-là. Il m’a ramené avec lui et la 1ère année, on a joué la coupe d’Afrique des vainqueurs de Coupe. J’ai disputé mon premier match international à 21 ans. Ça m’a changé : j’ai rencontré des joueurs que j’avais regardé en équipe nationale et j’ai joué avec eux ! Ça m’a beaucoup appris. A 21 ans, ce n’est pas facile de jouer une coupe d’Afrique. Surtout que je n’avais jamais eu d’expérience en tant qu’international. Je n’avais jamais connu des grands matchs comme ça, devant le public à Madagascar !

Au premier match, on a joué contre le Zimbabwe. On a passé les premiers tours. Après, on a été éliminé au Soudan. On a gagné 3-1 à domicile et perdu 2-0 au match retour. La deuxième année, ça s’est passé pareil : vainqueur de coupe et champion de Madagascar. On a fait une deuxième coupe africaine, où on se fait éliminer en huitième de finale par un club du Ghana.

« Madagascar, c’est un football de l’instant »

Ça t’a ouvert des opportunités ?

L’année d’après, je suis parti au FC Nantes pour un essai. En rentrant de Maurice, je pensais d’abord aller à la Réunion. Mais quand j’ai regardé la réalité du football là-bas,  je me suis dit qu’il valait mieux que je rentre dans un grand club à Madagascar, quitte à partir à la Réunion ensuite.

Il se trouve qu’après ces deux années de campagne africaine avec l’USCA Foot, on a rencontré au premier tour un club réunionnais. On a joué contre eux. On les a battus 2-0 à domicile et on a fait 3-1 chez eux. Du coup, on était qualifié. Leur entraîneur m’a dit qu’il souhaitait me prendre à la Réunion, mais qu’avant ça il allait me faire partir au FC Nantes pour un essai. Si j’échouais au FC Nantes, il me prendrait à la Réunion.

A la fin de cette campagne africaine, il m’a ramené à Nantes pour un essai de 2 semaines. Le FC Nantes m’a proposé un an de contrat, et du coup c’est comme ça qu’a commencé mon aventure en France, en 2007.

Ce n’était pas trop dur de passer d’un monde à l’autre ?

Quand je suis arrivé, je suis resté au centre de formation. Je suis resté pendant 6 mois. J’avais signé un an et mon but était de prolonger à Nantes. Du coup, je suis resté au centre, pour ne pas m’embêter avec l’appartement, à faire à manger, etc.

J’étais avec les jeunes. Ça m’a permis de beaucoup travailler, notamment la musculation. Et j’ai aussi beaucoup parlé avec mon coach, qui m’a énormément aidé. Il me faisait beaucoup de séances vidéo individuelles. Il était tout le temps au centre. Quand il arrivait le matin, il m’appelait pour des séances vidéo. Le soir, quand il avait un peu de temps et que tout le monde était parti, vers 18h00, moi j’étais encore au centre et il m’appelait avant de rentrer chez lui pour des séances.

Tactiquement, c’est un football différent entre Madagascar et la France. Il faut être beaucoup plus discipliné sur le terrain. A Madagascar, tu joues simplement : tu sais dribbler, tu dribbles, tu sais centrer, tu centres. C’est un football de l’instant. En France, je découvre l’aspect tactique. Au début, ce n’est pas facile : tu arrives et on te demande d’être bon tout de suite, ça c’est vraiment difficile.

En décembre 2007, le FC Nantes me propose une prolongation, mais avec un prêt. Soit je prends la prolongation de deux ans avec prêt à l’AS Cannes, soit je reste au FC Nantes, mais sans prolongation. J’ai décidé de jouer la sécurité. C’était une bonne chose d’avoir une prolongation pour découvrir vraiment le football français.

J’ai accepté d’être prêté à Cannes. Si c’était moi qui décidait, j’aurais choisi de rester au FC Nantes un an complet. Mais les dirigeants ne m’ont pas vraiment laissé le choix : ils m’ont dit « soit tu es prêté et tu prolonges, soit tu restes à Nantes et on ne te prolonge pas ». Donc, j’ai choisi le prêt à l’AS Cannes.

Comment ça se passe à Cannes ?

Je découvre autre chose à Cannes. A Nantes j’étais avec la CFA, en formation. A Cannes, j’arrive en décembre, c’est la compétition. L’avantage, je pense, c’est que j’avais déjà fait beaucoup de compétions à Madagascar, dont la Coupe d’Afrique. J’ai marqué 6 buts, quand même. Je fais une demi-saison correcte, pas très bonne, mais correcte : j’ai marqué 6 buts en 16 matchs joués, je crois.

Ensuite tu enchaînes sur Boulogne…

L’année d’après, Philippe Montanier m’a rencontré. Il souhaitait me prendre à Boulogne sur Mer et j’ai décidé de le rejoindre. D’ailleurs, j’ai rencontré Johann Ramaré là-bas aussi, qui est notre capitaine maintenant !
Mais ça a été un peu plus difficile : j’arrive dans un club en L2, qui ne joue pas la montée forcément au début, mais le maintien. C’était ma 2ème année en France. Je ne suis plus dans un club formateur, mais dans un club pro qui vise le maintien.

Et ça se passe mal ?

Quand tu es jeune, tu te poses beaucoup de questions, tu te demandes : « mais pourquoi je ne joue pas ? ». C’est ce que j’aimerais transmettre aux jeunes aujourd’hui : ne te pose pas de questions, si on te met à droite, à gauche, dans l’axe, joue et donne le maximum. Il ne faut pas avoir de regrets. Moi, j’ai le regret sur la période Boulogne de ne pas avoir tout donné, d’avoir un peu lâché au bout de 3 mois, parce que je ne jouais pas assez à mon goût.

Et ce petit relâchement, ça m’a coûté 3 ans en National ! Juste pour 2-3 mois en dessous. Il faut que les jeunes sachent qu’un petit moment de relâchement dans une carrière ça peut te coûter 3-4 ans de galère. Et encore, il y a des joueurs qui n’arrivent plus à rejouer à un certain niveau, parce qu’ils ont eu ce relâchement ou cette inconscience.
Quand tu es jeune, tu ne connais pas cette réalité là. On te le dit mais tu ne le crois pas. Il faut tout donner pour ne pas avoir de regrets à la fin. Quand tu vois tes camarades de promotion qui jouent tous en L1, tous dans les meilleurs championnat Européens, tu te dis « mais lui, il était remplaçant ». Mais il a travaillé, il a rien lâché, il a tout donné, et toi tu t’es relâché et ça t’a coûté ta petite carrière.

« J’étais sans club, je me suis posé les bonnes questions ! »

Comment est-ce que tu t’es sorti de ce faux pas ? 

Ensuite, je suis arrivé à Amiens, en provenance de Boulogne qui est monté en L1. Boulogne monte, mais, moi, je descends d’un étage. Je n’ai pas beaucoup joué et je retourne en National. Peut-être que si Boulogne n’était pas monté en L1 à ce moment là, peut-être que j’aurais trouvé ailleurs qu’en National ? Mais Boulogne monte en L1, et Amiens descend en National : le coach est venu me chercher quand même.

On a beaucoup parlé. Ils m’ont proposé 2 ans, mais j’ai voulu signer un an. Je me disais : « je vais faire un an en National pour repartir en L2 ensuite ». Mais ça ne s’est pas du tout passé comme prévu : j’ai fait une saison très moyenne, pour ne pas dire médiocre. Et du coup, je me suis retrouvé sans club après Amiens. Plus de club !

Le problème aussi sur cette période, c’était qu’on m’a beaucoup fait jouer à gauche, alors que je suis un attaquant axial. Je n’avais jamais joué à gauche ou à droite, j’ai tout le temps joué dans l’axe à Madagascar, comme dans tous les clubs où j’étais passé avant. A Nantes, je n’avais joué que dans l’axe.

Quand je suis arrivé à Boulogne, le coach m’a fait jouer à droite ou à gauche, mais je n’y arrivais pas. Du coup, ça m’a calé un peu la progression. En plus, notre réserve à Boulogne évoluait en DHR. Ça veut dire qu’en DHR tu peux être à l’aise, mais quand tu passes de la DHR à la L2, ça n’a plus rien à voir. Peut-être, que c’est moi qui n’ait pas donné les ingrédients nécessaires pour pouvoir réussir à gauche ou à droite. Je suis resté sur ce petit blocage. Quand on me faisait jouer sur le côté, je donnais pas forcément tout.

Ce relâchement à Boulogne m’a coûté 3-4 ans en National avant de retrouver la L2. Tu penses que tu es un joueur de L2 ou L1, mais c’est ce que tu fais sur le terrain ou en dehors qui le démontre.

Tu t’en sors comment ?

J’ai rencontré le coach de Beauvais. Il m’a donné ma dernière chance en me disant : « écoute Fané, moi je t’ai vu jouer avant, il y a deux ans, tu avais des qualités, mais si tu viens à Beauvais il faut que tu te réveilles, parce que sinon c’est fini ta petite carrière. » Alexandre Clément m’a relancé à Beauvais.

Je suis resté deux ans à Beauvais. La dernière année, on est descendu en CFA. J’ai joué pas mal de matchs : 40-45 matchs sur les 2 ans.  J’ai fait une saison pleine la dernière année, mais on est descendu en CFA.

Du coup, j’ai quitté Beauvais pour retrouver Créteil. Ça n’a pas été une période facile. Je n’avais plus de club après Beauvais : deux ans avant, j’étais dans un club qui monte en L1, deux ans après, je me retrouve dans une situation galère, avec mon club qui descend en CFA. Et je me retrouve sans rien.

A ce moment là, je crois que je me suis posé les bonnes questions. Tu te dis : « il y a un truc qui cloche, tu as raté le train. » J’ai eu la chance après ces 3 années là de rebondir. Mais ce n’est pas facile. Quand tu n’as pas de club, c’est vraiment dur. Personne ne t’appelle. Ton téléphone ne sonne pas.

Dans ta tête, tu te dis « j’ai fait 35 matchs, peut-être je vais avoir une ou 2 équipes qui vont m’appeler au moins ? », mais rien. Et là, tu réfléchis, et tu te dis « peut-être qu’il faut que je change ma façon de travailler, de voir les choses ». Tu remets tout en question, car tu touches le fond. Forcément, quand c’est comme ça, tu réfléchis à tout : ton passage dans le club, ce qu’il faut améliorer.

A 28 ans, je me suis dit : « peut-être que je ne vais plus jamais jouer en L2 ». Quand tu restes 4 ans en National, tu es un joueur de National après et plus un joueur de L2. Heureusement, j’ai eu cette opportunité avec Créteil qui m’a fait confiance. J’ai retrouvé la L2, 4 ans après. Mais si c’était à refaire, j’aurais géré ma carrière autrement. J’ai eu la chance de rebondir 4 ans après, mais il y a des joueurs qui n’arrivent pas à rebondir ou qui n’ont pas cette chance.

Donc c’est Créteil qui t’a sauvé ?

Je me trouve par hasard à l’essai à Créteil, pour deux jours. J’essaye de convaincre le coach de me prendre. Il m’a donné sa confiance. Je pense lui avoir rendue. Quand il m’a engagé à Créteil, j’ai marqué 15 buts cette année-là. Et du coup, ma carrière est repartie.

Je connais plein de joueurs de ma promotion, avec un passif pareil, jamais ils n’auraient rejoué en L2. Ils ont tous arrêtés maintenant. C’est cette expérience que je veux partager avec les jeunes : il faut se poser les bonnes questions, quand il est encore temps. Si tu as un but à atteindre, il faut se remettre en question tout le temps pour l’atteindre.
Mon but c’était de faire une petite carrière en professionnel en L1 ou L2. C’est le but de tous les footballeurs. Tout le monde « peut jouer en L1 ou L2 », mais faire une carrière en L1 ou L2, ce n’est pas donné à tout le monde. Pour faire carrière en L1/L2, il faut faire quatre, cinq, six ans. Ça c’est une carrière. Ce n’est pas 20 matchs et on ne te voit plus. Pour faire ça, il faut beaucoup de rigueur, de travail et une remise en question permanente.

Créteil, c’est le déclic ?

J’ai fait quatre belles années à Créteil, même si la dernière on est descendu en National. Je « revis » à ce moment là, parce que je touche à nouveau au monde professionnel. Ces quatre années à Créteil, c’était les plus belles années de ma petite carrière, je pense. Et j’espère qu’il y en aura encore des meilleures ! Je crois j’ai marqué 43-44-45-46 buts sur les quatre années. Deux fois 11 buts, plus les 7, plus les 15 en National.

« J’ai décidé de relever le défi de faire remonter Sochaux »

Comment se passe ton arrivée à Sochaux ?

Ça m’a permis d’avoir des opportunités, même si Créteil était mon club de cœur. Ils sont descendus en National, et je voulais continuer ma carrière ailleurs. J’ai eu quelques offres à l’étranger, d’autres en France aussi. J’ai bien réfléchi. J’ai failli partir à l’étranger. Mais, j’ai quand même une petite famille, et je voulais rester en France. Sochaux m’a contacté avant la fin de saison. J’ai choisi de les rejoindre au vu du discours du coach et du projet du club.
Sochaux, c’est un club mythique en France. J’ai décidé de relever le défi de faire remonter ce club à court terme. Je ne sais pas si on y arrivera cette année ou l’année prochaine. Mais ma mission, c’est de remonter ce club. J’espère que je ferai partie de cette aventure de la remontée.

Je suis satisfait d’avoir retrouvé un très bon club, qui a de l’envie, de la vie, de la joie et des supporters aussi. Je suis très content ! Après, c’est à nous les joueurs aussi de rendre tout ça meilleur. Tu as un beau stade, un très bon club, un public, tu as tout, mais si, nous les joueurs, ne faisons pas le boulot, ne donnons pas le nécessaire, tout ça n’est plus rien.

Après, on est tout le temps dans cette optique de se remettre en question, de se perfectionner, d’essayer de tout donner. C’est ça qui rend les aventures exceptionnelles. Je suis content de ma signature à Sochaux et j’espère qu’on va atteindre l’objectif ensemble. On va essayer de bosser pour ça et de s’améliorer tous les jours.

Comment définirais-tu ton rôle dans le collectif sochalien ? 

Sur le terrain, mon rôle est avant tout de finir les actions. Hors du terrain, ici à Sochaux, mon rôle est aussi de faire le lien entre les jeunes, les nouveaux arrivés, et les anciens déjà présents. J’essaye au quotidien d’entretenir cette relation là. C’est important d’être bien en dehors du terrain, parce que ça se transmet automatiquement sur le terrain.

En termes individuels, mes qualités de footballeur sont, je pense, l’anticipation, le sens du déplacement. Essayer tout le temps d’anticiper avant les autres. Ce sont les qualités normales des attaquants : bien garder le ballon et surtout avoir cette anticipation avant le défenseur.

Tu as suivi la saison passée, avec un club qui joue le maintien, ça ne fait pas peur ? 

Ça arrive à tous les clubs de jouer le maintien. Aujourd’hui, on voit très bien qu’un grand club, mythique, comme Auxerre a du mal aussi. Aujourd’hui, nous, on a que 33 points. Le maintien n’est pas acquis encore. Je pense que quand on va avoir les 43-44 points, on pourra discuter de montée. Mais, tant que les 44 points sont pas acquis, tu ne peux pas être sûr d’être maintenu.

On avait 32 points en décembre et on a 33 en attaquant le mois de février [interview réalisée après la défaite contre Orléans]. Ça veut dire ce que ça veut dire. On a pris 1 point sur un mois. Est-ce qu’on aura les 44 points en février ? Je ne sais pas. Est-ce qu’on en aura 33 ? Je ne sais pas. Pour l’instant, il faut prendre les 44 points le plus vite possible, si on veut jouer les troubles fêtes au classement. Mais si on ne prend qu’un point par mois, on ne pourra pas se maintenir.

Comment expliquer ce décrochage brutal ?

Le football, c’est collectif. Il y a plein de choses qui peuvent expliquer cette méforme. On a quand même bien commencé l’année par un quart de finale de coupe de la Ligue. Je pense qu’on a sorti un bon match.
On a mal négocié les deux matchs après Monaco, même si on est revenu au score à Valenciennes. A domicile, on mène 2-0, on se fait rattraper par Clermont et on a failli perdre le match. Notre entame n’est pas bonne. A Orléans, on savait que ce serait compliqué : c’est le dernier du championnat qui joue sa survie. Si tu ne le prends pas à la gorge dès le début, c’est compliqué. On le savait tous, le coach nous l’avait dit. Mais contre le cours du jeu, ils marquent au bout de 5 minutes. Ça a démoli notre plan.

Une équipe qui joue sa survie, quand elle a les 3 points au bout de 10 minutes, tu sais qu’elle va t’embêter jusqu’à la fin. On n’a pas pu marquer sur les quelques occasions qu’on a eu, mais on savait déjà que ça n’allait pas être facile. S’ils ouvraient le score, ce serait forcément un match compliqué, en plus avec des conditions difficiles sur le terrain.

J’ai plus de regrets sur les 2 matchs du début, contre Valenciennes et Clermont. On aurait du prendre plus d’un point sur le mois de janvier. Après, tout n’est pas à jeter. Il y a des rectifications à faire. Il faut se remobiliser. On a 3 matchs très importants qui arrivent : on va jouer le 1er Brest, Auxerre et le 2ème Reims. On verra après ces 3 matchs où on est et ce qu’on peut faire. J’espère aussi que Mohamed Larbi va ramener sa petite expérience et sa qualité technique dans l’équipe.

« En L2, tout le monde ferme le jeu »

Qu’espères-tu du mercato ?

Si on ne prend qu’un point par mois, on va terminer avec 38 points et on ne va pas se maintenir. Il y a le mercato. Est-ce qu’il n’y aura que Mohamed [Larbi] ? Est-ce qu’il y aura d’autres recrues [interview réalisée avant la venue de Touzghar] ? Je ne sais pas. Il y aura aussi les retours de blessures, mais il ne faut pas attendre tout ça.

C’est à nous, les joueurs valides, de donner tout, tout le temps, et de donner des problèmes au coach. Quand tous les joueurs de l’effectif sont tous au top, le coach a des problèmes. Mais si son équipe ne donne pas tout, il doit attendre les retours de blessures, etc. C’est à nous de tout donner pour que le coach ait mal à la tête, que les choix soient difficiles. Si tout le monde est au taquet, à 100%, ça veut dire que quoi qu’il arrive le club va avancer, parce que les choix seront toujours bons !

Il n’y a jamais de joueurs irremplaçables, même si c’est vrai que si Adolphe Teikeu était là… Mais si on avait gagné contre Clermont, ces questions ne se poseraient pas. C’est à nous, les joueurs présents, de tout donner. Et ça commence par moi. Il y a des matchs où je dois peut-être faire plus. Peut-être le match contre Orléans ? Je dois donner plus encore, varier mon jeu. L’objectif est de prendre des points tous les matchs, tout le temps. C’est ça l’objectif quoi qu’il arrive. Même si, des fois, on ne va pas être très beaux.

Tu connais bien la Ligue 2, comment vois-tu le championnat cette saison ?

Le championnat de L2 n’est facile pour personne. L’exception ça a pu être Troyes, l’année où ils sont montés, ils ont surfé sur le championnat. L’année dernière, il y avait Dijon et Nancy. Mais, là, avec 2 montées et un barrage, je pense que c’est compliqué. Les clubs ne veulent pas prendre de risques : tout le monde ferme le jeu pour ne pas faire partie des deux descentes.

Il y a tellement d’équipes qui peuvent monter. Du 1er au 10-11ème, tout le monde peut faire le grand coup. Même Valenciennes et Clermont ne sont pas trop loin de nous. Ils sont à 4 points du podium. Pour un club comme le Gazelec, actuellement 9ème ou 10ème, être à 4 points du podium, ce n’est rien. Et pour nous aussi, c’est pareil, on est à 4 points du 12ème ou 13ème ce n’est pas si loin. Il faut faire des séries, assurer le maintien le plus vite possible et on verra ensuite.

Comment expliques-tu l’écart de performances en coupe et en championnat ? 

La coupe, ça reste la coupe. Ça n’a rien à voir avec le championnat qui est sur la durée. Sur un match, tout peut arriver. En championnat, pour être champion il faut-être régulier. En coupe, tu peux faire un coup. On a fait un coup contre Marseille on les a éliminé. On a failli faire un coup aussi contre Monaco. Le championnat c’est un marathon. La coupe, c’est une autre compétition.

L’objectif du club est simple : assurer le maintien le plus tôt possible pour essayer de jouer les troubles fêtes dans le classement. Le but c’est de monter en L1 à court terme, soit cette année, soit l’année prochaine. Je ne vois pas ça autrement parce que l’année dernière, c’était une année de transition. La première année de L2, ils ont fait une bonne saison quand même. Même s’ils ont terminé 8ème, quelque chose comme ça. Pour un club comme Sochaux, il faut pas trop rester en L2. C’est le projet du club et c’est pour ça que j’ai signé ici.

Est-ce que tu te donnes des objectifs sur le plan personnel ?

Pour moi, l’objectif principal c’est de faire partie des joueurs qui vont faire remonter ce club. En termes de stats, une passe et un but c’est pareil. J’ai la chance de finir les actions, c’est mon rôle aussi. J’ai marqué 2 buts en championnat et coupe de la Ligue en janvier, mais je préférerais ne pas marquer et prendre les 6 points en championnat, plutôt que de marquer ces 2 buts et prendre seulement 1 point.

Si je peux marquer pour aider le club, je marque, si je dois faire une passe pour aider le club, je fais une passe. Je n’ai pas d’objectif particulier en termes de nombre de buts. L’essentiel c’est que l’on fasse une très bonne saison cette année.

« Il y a des choses à faire pour la sélection de Madagascar »

Tu réfléchis à l’après-carrière ?

Le monde du football est très difficile. Pour l’instant, j’espère jouer encore deux, trois ans au haut niveau, si le corps suit. Je vais avoir 33 ans bientôt. Pourquoi pas, peut-être, une reconversion dans le foot ? Soit en France, soit à Madagascar.

On a beaucoup de jeunes qui ont besoin d’aide, sans compter notre sélection aussi qui est vraiment en difficulté. Mais j’ai encore quelques années pour réfléchir. Si l’occasion se présente en France ou à Madagascar, pourquoi pas ? Mais avant tout ça, il faut passer des formations.

Tu as des projets à Madagascar ?

Il y a des choses à faire pour la sélection de Madagascar, mais il faut beaucoup de réformes ! La première selon moi serait de former tous nos entraîneurs pour les mettre à niveau avec le football moderne. Je pense que c’est notre principale faiblesse. Il faut envoyer deux, trois entraîneurs pour faire des formations, mettre à jour leurs compétences, pour être au niveau du football moderne, qui est plus tactique et demande beaucoup de vitesse.

La base c’est de former tous les coachs en club, et, après ça, d’essayer d’envoyer des joueurs en Europe. Quand tu regardes les sélections africaines, ils ont tous joué en Europe. Je pense que, nous aussi, on doit passer par là. On a déjà quelques joueurs, mais c’est insuffisant. Il en faut au moins trente ou quarante pour avoir une très bonne sélection.

Sochaux est un club qui donne sa place aux jeunes, quels conseils leur donnerais-tu ? 

Ce n’est pas donné à tout le monde de commencer à 19 ans un match avec son club formateur. C’est exceptionnel ! Il faut continuer tout le temps à bosser et donner plus que les autres, parce que quand tu es jeune tu n’as pas de limites. Tu dois tout donner. Surtout à l’entraînement car le coach regarde beaucoup l’entraînement. Il faut montrer que tous les jours tu as envie et que tu veux prendre la place des autres

Forcément, dans un club, il y a des joueurs d’expérience, il y a des moins jeunes. Le rôle des jeunes c’est de prendre la place des vieux ! Le sport c’est comme ça. Surtout le sport collectif pro, ce n’est fait que de ça. Il faut que les jeunes soit tout le temps prêts car le coach peut les appeler à tout moment.

Comment perçois-tu le travail du centre de formation ?

La formation sochalienne est très bonne. La preuve, ils ont gagné la Gambardella, il n’y a pas longtemps. La plupart des joueurs qui l’ont remportée sont dans l’effectif pro cette année. La preuve aussi avec le fait qu’ils ont 7 ou 8 joueurs en équipe de France. Ça veut dire que le centre de formation est très performant.

Après il faut passer l’étape, du centre de formation à pro. Ce n’est jamais facile. Et c’est surtout là où beaucoup de jeunes ont du mal à s’exprimer. Il faut du travail, du sérieux et surtout de la joie. Ce sont les 3 dimensions fondamentales. Il faut travailler, avec la joie de vivre et du sérieux !

« Le football, ce n’est pas mathématique »

Quelle relation entretiens-tu avec les jeunes de l’effectif ?

Ça m’arrive souvent de discuter beaucoup avec Thomas Robinet surtout et avec Bryan Lasme. Ça ne fait pas longtemps qu’il s’entraîne avec nous. En plus, il a une autre qualité qu’on n’a pas : il est costaud. Ça veut dire que Bryan doit beaucoup travailler son jeu dos au but. C’est très important. Quand on voit des joueurs comme Lukaku ou Drogba ce sont des joueurs très forts dos au jeu. Il a la capacité pour ça.

Après, il faut travailler tous les jours, chercher à améliorer son point fort. Un joueur comme Bryan, très costaud, s’il travaille bien son jeu dos au but, ça va être très intéressant pour le club. On n’a pas cette qualité d’attaquant comme lui. Mais il faut du travail.

C’est pareil pour Marcus Thuram. Je pense que quand il est en mode « un petit peu énervé », ça lui va bien ! Il est très bon quand il est comme ça. Il faut que les jeunes soient tout le temps en compétition, parce qu’ils ont le talent.

Un dernier mot pour les jeunes ?

D’abord bien travailler à l’école. Côté football, il faut avant tout prendre du plaisir. On ne peut rien réussir si on n’est pas heureux. Il cultiver ce plaisir du football. Et travailler. C’est tout.

Le football, ce n’est pas mathématique. Il faut combiner le plaisir, le sens du travail, de l’écoute et un peu de chance. Mais tu ne peux pas provoquer la chance, si tu as pas la capacité d’écoute, le sens du travail et la joie de vivre. C’est ce que je pense. Ce sont ces trois facteurs qui font une carrière. Ce n’est pas donné à tout le monde de jouer, d’avoir ce métier de footballeur. C’est quand même beau de travailler pour sa passion !

Nous remercions vivement Fanéva Andriatsima pour sa disponibilité et sa gentillesse. Nous lui souhaitons une fin de saison pleine de réussite, alors qu’il vient tout juste de dépasser son record personnel de buts en Ligue 2 !

5

Auteur: Alexis De Freitas

Spécialiste des jeunes du centre du FCSM (CFA aux U15), auteur à La Bande à Bonal et à Espoirs du Football, consultant Radio de Soyons Sport ⚽

Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

Commentez