Martin François et Nicolas Senzemba : portrait croisé

Martin François et Nicolas Senzemba appartiennent tous les deux à la talentueuse génération 1996, victorieuse de la Gambardella. Les deux joueurs sont prêtés en National, Martin François à l’ASM Belfort, Nicolas Senzemba au Pau FC.

Le passage des U19, de la CFA au monde professionnel est un moment clé, difficile à réussir dans la carrière d’un jeune footballeur. Il nous a semblé particulièrement intéressant d’aller les interroger sur leur expérience de la post-formation. D’autant que si le prêt de François se passe bien à Belfort, la situation de Senzemba est bien plus compliquée à Pau. Portrait croisé de deux amis dans la vie. 

Peux-tu nous raconter un peu tes débuts avant de rejoindre le centre de formation ?

Martin François : j’ai toujours joué pour le FCSM. J’ai commencé le foot ici, à l’âge de 5 ans, avant de passer tous les échelons au club. A 5 ans, il n’y a pas de recrutement. Je m’étais juste inscrit à l’école de foot. Le choix de jouer à Sochaux, c’était naturel : c’est le club de la région ! Et j’adore le foot, je ne peux pas vivre sans.

Nicolas Senzemba : j’ai commencé à la VGA Football Masculin, un club de la région parisienne, dans le Val-de-Marne, de 7 ans à 9 ans. De 9 à 11, je suis passé au Champigny FC, toujours dans le Val-de-Marne. Et puis à 11 ans, ma famille a déménagé dans le sud-ouest. Et là, j’ai rejoint le Pau Football Club. J’y ai fait 4 ans, avec une année en parallèle au pôle espoir de Castelmaurou.

J’ai rejoint le FCSM quand j’avais 15 ans, en juillet 2011. Un recruteur était venu pendant un match avec le Pau FC, en finale de la coupe régionale. J’avais été blessé pendant 8 mois, donc je participais pas au match. Mais le recruteur est venu me parler, en me demandant si mes parents étaient là. En fait, il m’avait vu jouer l’année passée et il pensait que je jouais ce match ! Il m’a proposé de faire un test au FCSM et le jour même du test j’ai signé.

C’est vrai qu’avant d’arriver au centre de formation, je n’avais pas vraiment en tête de devenir footballeur professionnel. Je jouais au foot parce que mon père était footballeur aussi, avant. Je tiens ça de lui.

Comment est-ce que tu décrirais ton profil, tes qualités sur le terrain ?

Martin François : j’évolue au poste de milieu de terrain. Je suis un relayeur. Mes qualités sont d’abord dans la passe et la vision du jeu. Je cherche à progresser sur la vivacité et la vitesse. Mon modèle ça a toujours été Steven Gerrard, qui a pris sa retraite il y a peu.

Nicolas Senzemba : je suis latéral gauche. J’essaye avant tout de rester concentré sur ce que j’ai à faire pour l’équipe. Je pense que mes forces sont la qualité de centre et l’intelligence de jeu. Moi ce que j’aime, c’est redoubler les passes et jouer vers l’avant. Je cherche à progresser dans la concentration. J’ai un placement parfois trop offensif pour mon poste, ce qui peut laisser de gros espaces quand l’équipe perd le ballon. Je dois gagner en rigueur.

Est-ce que tu peux nous parler de ton expérience au centre de formation ?

Martin François : je n’ai que du positif. C’est un des meilleurs centres de formation de France. J’ai appris beaucoup de choses, aussi bien sur le terrain qu’en dehors. Dès le début, avec les premiers éducateurs. Tu apprends le respect, la ponctualité, le dépassement de soi, l’entraide, la générosité, le travail et j’en passe ! J’y ai tous appris.

Je me suis toujours bien entendu avec mes coéquipiers. Je suis toujours en contact avec la plupart ! Ceux qui étaient là à 5 ans, comme ceux qui sont arrivés plus tard. Avec le contrat pro, tu vois la différence. En quittant le centre, nous sommes moins protégés.

Nicolas Senzemba : je suis vraiment satisfait de ma formation. C’était une très belle aventure. Ce sont mes meilleures années ! J’ai vécu énormément de choses. J’ai beaucoup voyagé. L’environnement est parfait pour se concentrer uniquement sur le football. Mais peut-être que pour se former en tant qu’homme, on est un peu coupé de « la vie normale ». Il faut savoir ce qu’on veut.

J’ai appris énormément de choses. Sportivement, c’est l’apprentissage du haut du niveau. J’ai fait les phases finales U17, j’ai eu une trentaine de sélection nationale en jeunes, où j’ai joué avec des joueurs hyper talentueux et qui sont connus aujourd’hui. C’est une énorme satisfaction de représenter son pays à l’échelle européenne.

Si je garde un regret, c’est peut-être d’avoir appris sûrement un peu tard qu’il faut énormément travailler si on veut réussir. Mais, humainement, j’ai aussi appris à me débrouiller seul et à ne compter que sur moi-même. J’ai beau avoir quitté le centre, je continue à les suivre et je vois que les générations à venir ont beaucoup de très très bons joueurs.

Est-ce que l’intérêt du Bayern, qui avait été évoqué dans la presse à un moment, c’est quelque chose qui a pu te perturber à un moment ? Les média, ça ne peut pas faire du tort ?

Nicolas Senzemba : Non, ce n’est pas un texte de quelques lignes sur l’équipe qui a fait que j’en suis là aujourd’hui. De toute façon, je n’ai pas eu de contact direct avec les dirigeants du Bayern. Je sais que pendant les phases qualificatives de l’euro U17 beaucoup de grands clubs européens étaient présents. Ça ne me paraît donc pas impossible. Mais, je suis resté concentré sur ma formation et ma progression.

Si tu devais revenir sur des souvenirs particulièrement marquants ?

Martin François : mes meilleurs souvenirs, je pense que ça doit être en benjamins deuxième année. On avait participé à la coupe de France à Capbreton. Et il y a forcément la Gambardella ! Je n’ai finalement pas tant participé que ça à l’aventure de la Coupe, parce que c’était la période où j’ai été blessé longtemps, avec une rupture des ligaments croisés au genou droit.

Je suivais le groupe de l’extérieur et je bossais seul avec le préparateur physique. Mais je n’avais qu’une idée en tête : retrouver les autres et participer à l’aventure. J’ai réintégré le groupe avec la demi-finale contre le PSG. C’est clairement une aventure footballistique et humaine magnifique ! Surtout que j’avais galéré toute la saison, et ça s’est terminé de la plus belle des manières.

Nicolas Senzemba : je crois qu’un de mes meilleurs souvenirs ça a été le Harlem Shake qu’on avait filmé et qui s’est retrouvé sur YouTube ! Ça donne une bonne idée de l’ambiance du groupe. Mon pire souvenir, c’est sûrement un match de Gambardella, où j’ai été interdit de jouer. Denis Moutier était coach des U19 et j’ai eu une punition.

La Gambardella, ça a été un parcours magnifique. Tout le monde a parlé de montée en puissance, mais pour moi ça ne s’est pas passé comme ça. On a été très bon dès les premiers matchs. On a été rigoureux. On a réussi à montrer notre supériorité face aux petites équipes en les respectant. Notre objectif était d’arriver au stade de France. Après ça a été la cerise sur le gâteau. C’est des moments de joie extraordinaire. D’ailleurs, il y a une photo de la finale où Marcus [Thuram] marque le 2e but et on voit qu’on est tous alignés. Ça montre bien que depuis le début on allait tous dans le même sens !

Comment s’est passé ton départ du FCSM ?

Martin François : j’étais d’accord pour me faire prêter. Ce départ en prêt ça c’est fait d’un commun accord entre le club et moi. Je pense que c’était le mieux pour avoir beaucoup de temps de jeu. Le choix de rejoindre Belfort était logique. C’était une certitude, c’est un club de la région. Je connaissais pas mal de joueurs. Ils m’avaient parlé de l’intérêt du coach. Je suis ravi !

Nicolas Senzemba : je ne vais pas mentir, ça se passe mal en ce moment. Je suis forcément déçu. J’ai peu de temps de jeu. Et je n’ai pas l’impression que ce soit du à mon niveau sur le terrain, mais à des décisions qui m’échappent. Dans le positif, il y a une très bonne ambiance dans l’équipe.

Après, le choix de revenir à Pau était logique. La proximité familiale a joué, forcément. Au centre de formation, j’étais le joueur qui était le plus loin de sa famille. Et ça c’était un peu compliqué. Quand j’ai vu que le Pau FC avait accédé à la montée en national, j’y ai réfléchi. Quand le coach m’a appelé pour me faire venir, on a pensé à un bon projet sportif et extra sportif pour que mentalement, humainement, je sois dans les meilleures conditions. Je connaissais déjà le club. C’est dommage que ces six premiers mois se soient passés de cette façon.

Comment se passe ton intégration dans l’équipe ?

Martin François : tout se déroule à merveille ! Je suis très heureux de ce prêt. J’ai démarré tous les matchs, que j’ai quasiment disputés en intégralité ! J’ai marqué 4 buts et donné 4 passes décisives. J’ai été très bien intégré au groupe. Tout s’est bien passé.

Juger mes performances individuelles est assez compliqué, car ce n’est pas facile pour le club. J’essaye d’apporter ce que je sais faire, d’aider l’équipe du mieux possible et rendre à Belfort tout ce qu’ils me donnent. Nous ne sommes pas au mieux au classement. Il nous reste 6 mois pour aller chercher le maintien. On va tout faire pour !

Nicolas Senzemba : Au début, le coach avait un projet de jeu très joueur : relancer de derrière, redoubler les passes et jouer énormément au sol. Après quelques matchs, on s’est rendu compte qu’on n’avait pas forcément les individualités, ni toutes les qualités pour le faire, surtout en National. On est passé à un jeu plus direct et plus porté vers l’avant et on a du s’adapter à la rigueur du championnat. Pour le moment, on est premier non relégable, mais, derrière nous, plusieurs équipes ont 2 voir 3 matchs en retard. C’est une situation compliquée.

Est-ce que tu ne pouvais pas espérer rejoindre les pros comme Onguéné ou Fuchs ?

Martin François : Jérôme Onguéné et Jeando Fuchs, ils font partie des jeunes les plus talentueux en France. Ils l’ont démontré en club, ils l’ont démontré en sélection. Je pense aussi à Marcus Thuram. Je suis content pour eux. Mais pour d’autres, il faut plus de temps. Et pour avoir du temps, il faut le mériter. Nous savons tous que c’est difficile lorsqu’on est jeune de se faire une place directement. Pour ça il faut bosser !

Nicolas Senzemba : C’est clair que les gens ne s’attendaient pas forcément à ce que Jérôme Onguéné et Jeando Fuchs soient titulaires aussi rapidement. Je suis très heureux de leur éclosion. J’espère qu’ils ne s’arrêteront pas là. Et que d’autres membres de la génération Gambardella deviendront titulaires à leur tour. Les jeunes ont des attentes, mais je ne pense pas qu’elles soient trop importantes. Le club a des ambitions à court terme et on sait que les résultats attendus passeront forcément par l’éclosion des jeunes du centre. C’est la « marque » de ce club de former des jeunes.

Est-ce que quand on part en prêt, il n’y a pas la crainte d’être oublié par ton club formateur ?

Martin François : non, je ne suis pas inquiet. Je ne suis pas en contact régulier avec Sochaux, mais je sais que le club appelle souvent Belfort. Le fait d’être en prêt dans un club partenaire du FCSM, à proximité, à Belfort, facilite sans doute le contact. Mais ce n’est pas forcément un avantage. Je n’ai jamais eu peur de vivre une situation délicate. On sait que tout peut arriver dans le foot.

Je connais parfaitement la situation de Nicolas. Nous sommes toutes les semaines au téléphone et c’est devenu au fil du temps un véritable ami et pas seulement un coéquipier. Je suis persuadé que sa situation va changer parce que Nicolas est clairement un des plus talentueux de la génération 1996. Je ne peux pas comprendre pourquoi il ne joue pas !

Nicolas Senzemba : personnellement, je n’ai pas vraiment le sentiment d’être suivi par le FCSM. Comme vous avez du le voir, je n’ai pas été accepté à la préparation d’avant-saison. On a eu des discussions avec le coach et la direction. Le choix de me faire prêter n’a pas été le mien, au départ.

La confiance que m’avaient donné Éric Hély et Omar Daf, en me titularisant en Ligue 2, m’avait fait beaucoup de bien. À l’arrivée d’Albert Cartier, je me blesse au bout d’une semaine d’entraînement. Ça ne m’a pas aidé, et derrière je récidive 3 semaines après mon retour de blessure ! On a même pensé à me faire opérer de la cheville, mais je n’ai pas trouvé ça nécessaire.

Sur le poste de latéral gauche, le coach veut un profil de joueur particulier. Je respecte ce choix. J’ai encore 2 ans et demi de contrat. J’espère ne pas être oublié. Mais comme je le dis, je ne compte que sur moi-même. Je ne m’attends pas à ce qu’on m’aide pour réussir.

Est-ce qu’il vaut mieux un prêt ou aller jouer en CFA ? Qu’est-ce que tu conseillerais aux autres jeunes ?

Martin François : je suis content de jouer en National et je pense que ça ne peut qu’être bénéfique pour la suite. Le niveau national m’a énormément surpris. C’est beaucoup plus rapide et physique que le CFA. J’avais besoin de ce prêt comme stratégie de post-formation. Ça m’a obligé à progresser, notamment au niveau de la maturité.

Nicolas Senzemba : un prêt n’est pas une mauvaise idée, mais je ne suis pas vraiment dans la bonne situation pour comparer l’expérience du prêt à celle de mes coéquipiers en CFA2 qui ont aussi tapé à la porte de l’équipe première. Malgré tout, je conseillerais le prêt : quand on veut essayer de jouer à un niveau plus haut que le CFA, si la porte de la Ligue 2 est un peu haute, ça peut être bénéfique de passer par le National pour progresser et monter les étapes petit à petit. Ce n’est pas tous les joueurs qui arrivent à sauter du CFA à la Ligue 2 ou la Ligue 1 en arrivant à très vite s’adapter.

Il y a des aspects positifs. J’ai énormément progressé sur le travail personnel hors entraînement. On n’a pas de salle de musculation pour travailler, alors chacun doit se prendre en main de son côté. Dans le vestiaire, il y a des joueurs qui travaillent à côté du football : s’entraîner avec eux fait relativiser sur le travail à fournir pour réussir. Je pense que cette aventure me forgera à l’avenir !

Comment vois-tu l’an prochain ?

Martin François : sur mon poste, il y a énormément de concurrence au FCSM. Est-ce que c’était le bon choix de se faire prêter ? L’avenir le dira… mais je pense que ça forge. Je pense revenir plus fort la saison prochaine avec de plus grandes ambitions. C’est l’objectif. J’espère revenir l’année prochaine et avoir plus de temps de jeu.

Nicolas Senzemba : j’ai toujours la même passion pour le football et je ne lâcherai pas après ce premier échec. Il me reste encore 2 ans et demi de contrat avec le FCSM. On ne sait jamais ce qui peut arriver dans le football. J’ai toujours connu une ascension depuis que je suis arrivé au centre de formation : Sélection U16, U17, phases finales U17 avec Sochaux, intégration dans le groupe professionnel en 2014 et une première titularisation, victoire en Gambardella puis l’euro U19 en 2015 avec une demi-finale contre l’Espagne. Donc c’est peut-être un mal pour un bien…

Ça me montrer que tout ce parcours n’est pas une fin en soi et que je dois continuer à travailler pour réussir au plus haut niveau. La famille est très importante pour moi. Je suis papa depuis début 2016 et c’est bien aussi de se dire qu’il y a une vie en dehors du football !

Et si tes rêves devaient se réaliser ?

Martin François : Si je devais choisir un club, ce serait le FC Barcelone ! Un championnat ? La Premier League.

Nicolas Senzemba: Déjà, mes objectifs à court terme sont d’avoir du temps de jeu pour montrer ce que je sais faire. Je n’ai eu qu’une seule titularisation à mon poste, en coupe de France. Mes rêves ? J’ai toujours aimé le beau football et le championnat espagnol me correspondrait.

Si tu devais donner un conseil à un jeune footballeur ?

Martin François : ne jamais lâcher et toujours croire en soi quelle que soit la situation.

Nicolas Senzemba : mon conseil ? Écouter les éducateurs et les coachs, qui sont les mieux placés pour ça.

Toute La Bande à Bonal et moi-même remercions vivement Martin François et Nicolas Senzmba, pour le temps qu’ils nous ont accordé, pour leur franchise. Nous leur souhaitons une très bonne deuxième partie de saison avec toute la réussite possible pour atteindre leurs objectifs ! 

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Auteur: Alexis De Freitas

Spécialiste des jeunes du centre du FCSM (CFA aux U15), auteur à La Bande à Bonal et à Espoirs du Football, consultant Radio de Soyons Sport ⚽

Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

2 commentaires

  1. J’émets de sérieuses réserves sur votre article et je souhaiterais pouvoir contacter les membres de la rédaction. Pouvez-vous me transmettre une adresse mail pour vous exposer mon propos.

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    • Bonjour,

      Je me nomme Alexis De Freitas et je suis l’auteur de cet article. Vous pouvez me contacter par mail à l’adresse : iamalexisdefreitas@hotmail.com Ca sera un plaisir d’échanger avec vous et de connaitre vos remarques

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