Rencontre avec Olivier Werner : #2

Blessé lors de la 4e journée, alors qu’il faisait un début de saison canon, Olivier Werner a gentiment accepté de nous rencontrer pour échanger sur son programme de reprise, sa carrière et le métier de gardien.

Nous publions le long entretien en deux parties : la première sur la reprise et sa carrière en Belgique ; la seconde sur son arrivée à Sochaux et le métier de gardien de but.

Ton arrivée à Sochaux, c’était une envie de quitter la Belgique par rapport à ces expériences, voir autre chose ou c’est l’opportunité ?

Le projet était super intéressant. Sochaux, c’est un club mythique. Et le projet sportif c’est vraiment ce qui m’a attiré ici. Je pouvais signer en première division dans deux, trois clubs. Sincèrement, ce n’est pas du tout l’aspect financier. Je gagne moins bien ma vie en signant ici qu’en restant en Belgique. Mais je suis venu ici parce que je m’étais toujours dit que je partirai à un moment donné. Cette opportunité est arrivée.

Le discours pour commencer était super, mais quand je suis arrivé ici, c’était différent ! Même si je n’ai aucun regret, au contraire. La saison dernière, on est passé par toutes les couleurs. Finalement, je pense que c’est des saisons comme ça qui te font grandir collectivement et individuellement, parce que tu passes par des sentiments tellement opposés. Quand on regarde la saison passée, il n’y a pas eu que du négatif. Si tu regardes comment elle s’est terminée et la coupe de France. Finalement, c’était beaucoup d’émotions cette saison.

« Le club a retrouvé ses vrais supporters »

Ça a été fédérateur aussi pour les supporters…

Je trouve que le club a retrouvé peut-être ses vrais supporters au courant de la saison. Aujourd’hui, les supporters, je ne sais pas s’ils sont plus nombreux, mais l’ambiance dans le stade est différente. Il y a eu une évolution agréable en tant que joueur, même si malheureusement je n’ai connu que 5 matchs.

Quand je discute avec Aziz, qui est un vieux de la vieille ici, qui a tout connu avec Sochaux, il me dit qu’il a connu des ambiances incroyables. Je pense que le potentiel y est. Au-delà des résultats, la manière sur le terrain amène du monde dans les tribunes. Certains clubs, que tu joues bien ou non, à part le dernier jour si tu montes où il y aura du monde dans le stade, il n’y a rien. Alors qu’ici, tu vois que les gens feront le déplacement, viendront au stade, si l’atmosphère qui règne est bonne, si les ultra sont bons, si la manière sur le terrain est bonne. Pour un joueur c’est super agréable. Quand on regarde les autres clubs de L2, tu as Strasbourg, Lens, deux ou trois et après tu vas jouer dans des stades vides.

Les moments de communion à la fin des matchs, on voit que vous ressentez ça. L’année dernière, il n’y avait pas ça après chaque match. On voit que l’équipe fait un geste pour que ça continue dans ce sens là.

C’est une communion réciproque. Si les supporters n’étaient pas comme ils sont, la communion serait différente. L’année passée, en début de saison, on fait un résultat, c’est à peine si on applaudissait les suppporters. Moi je ne connaissais pas ça ! Chez nous, tout le monde va devant les tribunes, on saute. Il y a une communion en train de se faire, qui est bénéfique pour tout le monde. C’est plus agréable de jouer quand tu as du monde et que ça chante de tous les côtés. On sent la différence par rapport à quand je suis arrivé.

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Les gens ici ont du digérer la descente, la perte de statut… Il faut toucher le fond pour se dire « le club n’a plus le même statut, mais on l’aime quand même ce foutu club ».

Ça ne vaut pas que pour les supporters : tu passes du statut de la L1, tu descends en L2, tu crois que tu vas tout casser en L2. La saison passée, c’était comme ça. Tout le monde doit retrouver sa vraie place. Aujourd’hui, on est une équipe moyenne de Ligue 2, il va falloir se battre pour arriver quelque part.

Tout le monde a tendance à se voir trop beau, trop gros. La saison passée, on a bien vu que ce n’était pas le cas. Et surtout en Ligue 2. Je commence à connaître ce championnat. Je sais que c’est un championnat compliqué. Il ne suffit pas d’avoir des qualités techniques pour faire quelque chose.

« C’est dans la tête que se fait la différence en fin de match »

Avec ta position dans les buts, tu es forcément très proche de la tribune, on t’a vu souvent jouer avec la tribune. C’est dans ton tempérament ?

J’aime bien. J’ai toujours été comme ça. Parfo »C’est dans la tête que se fait la différence en fin de match »is, je gueule. Des fois, je me regarde et je me dis « mais qu’est-ce que tu fous ? ». Je suis à fond dans le truc. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les défenseurs ou les entraîneurs là-dessus. « C’est quand même génial d’avoir quelqu’un derrière moi qui me gueule dessus », « il faut que tu me parles », « vas-y réveille-moi ». Mais je suis pas tout seul sur le terrain !

J’aime ça et je pense que je serai toujours comme ça. On ne va pas me changer. J’aime bien gagner. Je déteste perdre. C’est peut-être un défaut parfois. Dans n’importe quel sport, je suis vraiment mauvais perdant. Ça se calme un peu avec l’âge, mais tout ce que je fais, même des petits jeux à l’entraînement, je veux gagner. Je pense que c’est important d’inculquer cette mentalité, cette envie de gagner, cette horreur de perdre chez les jeunes.

Ça joue, ça fait la différence sur une fin de match ?

C’est le petit pourcentage qui fait que parfois tu gagnes un match ou tu le perds. Quand le mec a fait un gros match, qu’il est au bout de sa vie, qu’il est physiquement KO, c’est dans la tête que se fait la petite différence.

Comment tu définirais tes qualités comme gardien ? Tu fais des arrêts hyper spectaculaires sur la ligne.

On a souvent critiqué ici tout ce qui est sorties aériennes. Mais j’ai 31 ans et ça a été une de mes grosses forces dans les autres championnats ! Ici, ça a été compliqué. La critique, parfois, il faut être costaud pour passer au-dessus. Parfois, les gens parlent à tout va et font une fixation. Certains supporters en ont fait une fixation.

Il y a forcément des ballons où je suis mal sorti, où je devais sortir, où je suis sorti alors que je ne devais pas. Mais quand on analyse les vidéos avec des connaisseurs, souvent c’est tellement compliqué, on ne se rend pas compte. Je regarde le championnat français il n’y a pas beaucoup de gardiens qui sortent. Si on te met des ballons en cloche qui mettent trois heures à arriver, comme nous l’avions fait au Havre l’année passée face à un gardien qui faisait quatre mètres de haut…

Je discutais avec Aziz « si on me mettait des ballons comme ça, c’est sur je sortirai jusqu’au milieu de terrain, j’ai le temps de voir arriver ». Par contre, quand c’est bien frappé, c’est toujours compliqué. Il y a des moments où tu dois intervenir, forcément. Tu dis mes qualités ? Sur la ligne, ça a toujours été une de mes qualités. L’explosivité par rapport à ma taille, ça a été ma grande force.

Ça joue différemment ces ballons aériens en L2 ?

Sincèrement, non. La qualité de la frappe est identique. Je vais pas te dire que les mecs sont plus grands en Ligue 2.

J’ai pu avoir l’impression que tu pouvais avoir tendance à boxer, alors que tu captes plus les ballons. Un effet Aziz ?

Aziz fait du super boulot. C’est un super entraîneur des gardiens. C’est un plaisir de me lever le matin et de me dire « on va bosser avec Aziz ». De la salle de muscu jusqu’à la fin de l’entraînement, on se charrie et on travaille. En gardien de but, c’est ça qui est formidable : quand tu arrives à avoir une bonne relation avec ton entraîneur des gardiens, tu peux progresser à tout âge.

« Les gardiens, c’est une petite famille à part »

Un entraîneur qui t’a marqué dans ta carrière ?

J’en ai eu plein. J’ai eu en Belgique de sacrés entraîneurs des gardiens, deux anciens gardiens internationaux, Christian Piot, Jean Nicolay, qui est décédé maintenant. J’ai eu des italiens aussi, celui qui entraînait Dida au Milan AC. J’ai eu des gens super intéressants.

Les entraîneurs des gardiens te marquent tous. Chacun a sa manière de travailler et tu as toujours une partie à prendre, qui va te toucher plus toi qu’un autre gardien, et qui te fera progresser. Tout n’est pas bon et tout n’est pas mauvais chez un entraîneur des gardiens. Personne n’est parfait. Mais si tu arrives, pour chaque entraîneur que tu as, à prendre tout le bon…

J’ai un entraîneur qui me disait « les gardiens c’est une petite famille, c’est à part ». C’est tellement vrai. Tu es toujours dans un groupe, comme moi ici, avec des plus jeunes. Pour que les trois ou quatre gardiens progressent, il faut de la concurrence, mais aussi un minimum d’entente et de cohérence. Celui qui n’a pas compris ça n’est pas fait pour être gardien, en tout cas à l’heure actuelle. Avant peut-être que les anciens ne voulaient pas de concurrence. C’est intéressant de travailler avec des plus jeunes et des plus vieux.

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3 générations de gardiens du standard : Preud’homme (gauche), Nicolay au fond, Piot (droite) (source : http://tout-sur-le-standard-de-liege.blogspot.fr)

Il y a des différences d’écoles de gardien ? Un style italien, anglais ?

Avec mon entraîneur italien, il y avait des exercices ou des commentaires spécifiques. Je disais : « mais, moi on m’a appris autre chose sur ces ballons ! ». Il y a certaines différences sur des positionnements, mais, en règle générale, ça reste les mêmes principes.

Le gardien doit physiquement être au top. En match, tu peux avoir l’impression qu’on travaille moins physiquement que les autres joueurs, on court moins, c’est sûr. Mais à l’entraînement, ce n’est pas du tout pareil. Courir c’est courir, mais à partir du moment où tu te jettes par terre, tu te relèves, tu enchaînes, à un moment donné ça fait beaucoup. Et avec Aziz, ça bosse dur !

Vous êtes les premiers et les derniers en général…

On commence souvent avant et on finit souvent après. Mais quand ça se fait dans le plaisir, c’est génial. Quand tu ne prends pas plaisir à jouer football, il faut arrêter. On a de la chance. On a le privilège de pouvoir faire de ce qu’on aime notre métier. Celui qui arrive avec la tête de con tous les matins et en traînant les pieds, je suis le premier à le secouer. Tu as besoin de bonne humeur, de plaisir.

« Neuer n’a jamais connu des équipes qui rament derrière »

Qu’est-ce qui fait un super gardien ?

Il faut tout : un gardien international, c’est ça. Tu regardes Neuer il est incroyable sur sa ligne, il a un jeu d’anticipation incroyable, un très bon jeu au pied. Après, il joue au Bayern, ça aide. Le mec n’a jamais connu des équipes qui rament derrière.

Avec Neuer à Sochaux, on monte ?

C’est un plus, c’est sûr !

Et avec Werner au Bayern, ils sont champions d’Europe ?

Est-ce qu’ils ont vraiment besoin d’avoir un très très grand gardien ? Je déconne, mais parfois ça peut être plus simple.

Dans les cages, tu as une relation particulière avec les défenseurs, les centraux ?

Bien sûr. Il y a une communication, mais il faut que ça soit aussi entre les défenseurs eux-mêmes : tu as des couvertures à faire, tu commences à te connaître, tu sais que lui va monter un peu et que tu dois le couvrir, il y a des automatismes à avoir. C’est la première chose à maîtriser défensivement. Mais la défense, ça concerne toute l’équipe, en partant de l’attaquant. Son travail est aussi important que le défenseur.

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La joie de l’équipe après la victoire à Clermont (crédit : fcsochaux.fr)

La clé de cette saison ce sera l’équipe et pas les individualités, même si tu fais 5 ou 6 transferts. Le recrutement a été intelligent, même si j’ai lu plein de trucs qui sont d’un côté justifiées. L’entente dans le vestiaire, c’est le plus important. Ils ont réussi à créer ça, avec des mecs qui sont positifs et amènent un plus sur ce plan là. En ligue 2, c’est le plus important si tu veux réussir une bonne saison. Il te faut le meilleur buteur, une des meilleures défenses. L’an passé on n’était pas loin de la meilleure défense, mais offensivement on avait plus de mal. Si on arrive à rester solides derrière et à marquer des buts, on aura quelque chose à jouer.

Toutes les équipes de tête, à part Reims, sont tirées par un buteur en forme.

C’est notre cas aussi avec Fané. C’est un super mec. Ne serait-ce que par sa joie de vivre. C’est agréable de travailler avec des gens pareils. Quand je suis arrivé, au début, c’était une autre ambiance. C’est plus difficile de travailler avec des mecs qui n’ont pas trop envie. Lui c’est le contraire, il arrive le matin, il rigole. Tu le croise dans la voiture, il rigole déjà. Tu ne sais pas pourquoi, mais il rigole !

Un petit mot pour les supporters ?

Surtout qu’ils continuent. Je vous remercie pour tout le soutien que j’ai eu et que j’ai encore. Ça fait chaud au cœur. Il ne faut pas croire que c’est tous les jours facile avec une blessure comme ça. Quand tu as ces petites attentions, et même des grandes attentions, ça te motive et ça te remobilise.

Que les supporters continuent à soutenir l’équipe comme ils le font là. On a besoin de ce douzième homme à Bonal pour pouvoir faire la différence et rester dans ce groupe de tête, pour pouvoir en fin d’année arriver au même objectif qui est de remonter en Ligue 1. Même si on en est encore très loin. On serait même premier avec 5 points d’avance, je te dirais qu’on est très loin. L’équipe a besoin du soutien des supporters. On a un super groupe et je pense qu’avec les supporters, ça peut faire la différence.

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Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

Auteur: BonalBoy

Abonné depuis 1999 chez ce bon vieux Auguste. En tournée dans toute la France quand le vent le permet.

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