Rencontre avec Olivier Werner #1

Blessé lors de la 4e journée, alors qu’il faisait un début de saison canon, Olivier Werner a gentiment accepté de nous rencontrer pour échanger sur son programme de reprise, sa carrière et le métier de gardien.

Nous publions le long entretien en deux parties : la première sur la reprise et sa carrière en Belgique ; la seconde sur son arrivée à Sochaux et le métier de gardien de but.

Olivier pour commencer, comment ça va ? Ou en es-tu dans ton programme de reprise ? [entretien réalisé mi-octobre]

Ça va de mieux en mieux. Les 15 premiers jours après l’opération ont été assez durs au niveau de la douleur. J’ai fait le syndrome des loges le jour après l’opération : c’est l’hématome qui fait pression sur le muscle et sur le nerf. On a du m’ouvrir. J’ai une cicatrice. C’est la raison pour laquelle que je suis resté aussi longtemps à l’hôpital.

Mais ça évolue plutôt bien : j’ai repris le vélo, je recommence la musculation, je recommence la marche. Je suis passé de la chaise roulante à deux béquilles, et là je suis avec une seule béquille. On est dans un très bon timing. J’ai encore une gêne sur la broche dans le péroné. Je vais me faire opérer lundi. J’en ai pour deux, trois jours. [L’opération s’est bien déroulée].

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Donc le moral est bon ?

Le moral est excellent quand on peut recommencer à travailler, à se défouler. A rester à la maison, on tourne en rond ! Ma femme commence à en avoir marre et moi aussi (rires). Je suis content que ça évolue bien.

Dans combien de temps penses-tu pouvoir courir à nouveau, revoir le terrain ?

C’est beaucoup trop loin pour donner une date. Avant de courir, il faut marcher parfaitement. Tout va dépendre de ça. J’espère le plus vite possible.

« J’ai reçu un soutien impressionnant »

Après la blessure, et encore aujourd’hui, tu as eu un fort soutien du public. Tu t’attendais à un tel soutien de la part des fans sochaliens, alors que ça ne fait pas si longtemps que tu es au club ?

J’ai été très agréablement surpris, surtout que la saison passée a été compliquée. Il a fallu le temps que je m’habitue au championnat. Mais après ma blessure, j’ai fini avec une grosse fin de saison. Et je commence cette saison de la même manière.

Sochaux, c’est un club mythique. Il y aura toujours des supporters derrière. Le soutien que j’ai eu était impressionnant, pas seulement de la part des supporters, mais de l’ensemble du club, les joueurs, les gens de la région même. J’ai reçu des messages et coups de fils incroyables ! Dans ce malheur, ça a été agréable et important d’avoir un tel soutien.

On ne va pas refaire l’histoire, mais tu as communiqué ton incompréhension suite à la faible suspension de Nabab (5 matchs), aujourd’hui avec un peu de recul, la frustration et la colère sont passées ou bien la rancœur est toujours là ?

Il a essayé de me contacter, mais je n’ai pas répondu. Il y a forcément de la rancœur : c’est ma carrière, on parle de six mois d’arrêt. Quand je regarde la phase de jeu, il sait très bien qu’il est en retard.

Comment vis-tu les matchs de tes coéquipiers ? On voit toujours passer un petit mot, un tweet, de ta part pour eux, pour soutenir l’équipe les jours de matchs.

Je ne suis pas trop twitter, pas trop les réseaux sociaux, même si je regarde. Suivre l’équipe comme spectateur, c’est compliqué. Tu aimerais être sur le terrain. C’est encore plus stressant d’être spectateur et pas acteur du match. Tu comprends quand tu es un peu en retrait ce qu’un coach peut voir et ressentir devant le match. Oui, c’est très stressant !

C’est quoi regarder le match comme un coach ?

Tu te dis « mince, lui, il n’est pas bien aujourd’hui ». Ce sont des choses qui arrivent, et je serais sur le terrain, je le pousserais, je lui dirais « réveille toi ! », mais je suis derrière ma télé.

« Ça me plairait d’entraîner les gardiens »

Coacher, c’est quelque chose auquel tu penses pour l’après-carrière ?

Pas en entraîneur principal, mais entraîneur de gardiens, ça me plairait bien.

Après un bon début dans les cages, Maxence subit la pression des supporters. Contre Le Havre, les gens l’impliquent sur les deux buts. On sait que les gardiens sont une vraie confrérie dans le milieu du foot, comment vit-on ces moments là ? Tu as échangé avec lui après le match ?

On a échangé après le match. Je lui ai dit que ce sont des choses qui arrivent même au meilleur gardien. Il doit apprendre. Un gardien jusqu’à la fin de sa carrière apprend. Oui, tu commets des erreurs. C’est le boulot de faire avec les critiques, de rester humble. Même les grands gardiens sont critiqués. En Angleterre, regard Courtois, Mignolet qui sont sur le banc.

Ça fait partie du jeu et quand tu arrives dans ta tête à passer au-dessus de ça tu en sors beaucoup plus fort. Prends Buffon, il fait une erreur et j’entends les journalistes dire « il est peut-être en fin de carrière, il est vieux », mais il y a deux mois, c’était la star de tout un pays.

Les gardiens, ça restera toujours à part du point de vue de la critique. Mais ça fait partie du jeu. Quand tu sors tout, on te dit « quel match extraordinaire ! », tu es le héros. Le lendemain tu te troues et tu es à jeter. Maxence est un jeune gardien avec beaucoup de qualités. Il doit en passer par là pour apprendre son métier.

C’est un poste qui ressemble un peu à l’attaquant, hyper-individualisé…

Je pense qu’un gardien reste à part. Un attaquant, s’il rate dix occasions et met deux buts, on va dire « quel match, il a marqué deux buts ». Si un gardien fait dix arrêts et prend un goal pour lui, on lui tombe dessus…

Il n’y a pas de petites erreurs en gardien, pas de ballon facile : une erreur, neuf fois sur dix, se paye cash. On attend du 100 % de la part du gardien. Un gardien ne peut pas se permettre de rater un contrôle ou un dégagement. Alors que le nombre de passes ou de contrôles qu’un joueur de champ rate…

« Tout le monde jouait au foot dans la famille »

Est-ce que tu as toujours été prédestiné à devenir gardien de but ou bien tu as débuté à un autre poste ? Il y a parfois des reconversions heureuses…

J’ai directement plongé dans le bain. J’ai même commencé très tôt. Mon père m’avait inscrit sous un autre nom, parce que je n’avais pas encore l’âge pour jouer ! Et j’ai directement été dans les buts. Mon père était gardien. J’ai toujours aimé ça : il faut un peu de folie, un peu de fougue. Je suis encore là trente ans après.

Tu viens d’une une famille de footeux ?

Tout le monde jouait au foot dans la famille. Mon père a arrêté, mon frère joue encore maintenant. Avec le boulot, il joue à plus petit niveau. Mais il a joué au niveau national, comme milieu de terrain.

Une idole ou un modèle chez les gardiens ?

Il y en a eu plein. En Belgique, l’idole des gamins dans les buts était Michel Prudhomme. Plus tard, j’ai eu la chance de l’avoir comme entraîneur.

Tu arrives très jeune au Standard et tu y fais toute ta formation. C’est ton plus grand regret de ne pas avoir pu jouer avec les pros ?

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Olivier chez les jeunes au Standard de Liège

Bien sur que c’est un regret ! C’est le club de ma région, un grand club, un stade mythique avec des supporters incroyables. Mais à l’époque c’était très compliqué pour les jeunes de s’imposer. Le fait qu’on lance les jeunes de plus en plus tôt, c’est récent. Et pour les gardiens, c’était encore plus dur : on voulait un gardien d’expérience, de 31, 32 ans.

Quand j’étais jeune, j’avais devant moi Vedran Runje, qui avait joué à Marseille. Le Standard, c’est un club, en Belgique, où il y a toujours eu des grands gardiens, le gardien international. Les supporters attendaient beaucoup. Je suis arrivé dans une période où il y avait peu de jeunes dans l’effectif. Sur un effectif de 30, tu avais 3 jeunes qui venaient du centre de formation et une majorité de vieux briscards.

Pour moi, c’est le plus grand regret de ne pas avoir pu jouer là-bas. Après, derrière, il y a eu des choix sportifs. J’ai voulu jouer. J’aurais peut-être du rester là sur le banc. Mais je ne vis pas sur des regrets. C’est trop facile de regretter. A partir du moment où tu fais des choix, tu dois les assumer. Je fonctionne comme ça. Et qui sait, peut-être encore un jour…

« La formation a beaucoup évolué »

Quel regarde portes-tu sur la formation belge ? Si tu compares à un club comme Sochaux ? Est-ce qu’il y a des différences dans la préparation ?

La France est venue beaucoup plus tôt à la formation que la Belgique. Ça fait la différence. En France, c’était et ça reste le top. En Belgique, il y a certains clubs, dont les installations, les infrastructures sont vraiment costauds. Mais quand on venait jouer contre des équipes en jeunes ici, on savait très bien que ça allait être compliqué, parce qu’il y avait d’excellents jeunes en France.

Les vrais centres de formation sont venus plus tard, une ou deux générations après moi. Nous, ça commençait tout juste, avec deux entraînements par jour et l’école.

Comment juges-tu la formation que tu as reçue par rapport à la formation d’aujourd’hui ?

Je pense que j’ai eu une formation de moins bonne qualité que les jeunes d’aujourd’hui, c’est sûr. C’était aussi une manière différente, à l’ancienne. Pour les jeunes, à l’heure actuelle, c’est plus facile. Mais c’est une bonne chose : les jeunes c’est le futur, un club qui investit dans la formation, dans les jeunes, c’est un club qui a compris que tout passe par là. Tous les grands clubs ont besoin des centres de formation et de gamins qui seront le futur du club, et financièrement et sportivement.

Une question sur le régime alimentaire : on a l’impression que pour les jeunes footballeurs français ce n’est pas la priorité ? A ton époque, tu étais comme ça aussi ?

Est-ce que ça relève de l’encadrement ou de l’éducation ? Je ne vais pas vous dire que je ne mange jamais un kebab ! Ça ne peut pas faire du tort si c’est occasionnel. L’encadrement peut aider, mais ce qui compte c’est l’éducation que tu reçois chez toi.

Aujourd’hui je n’ai pas de régime spécifique pour la rééducation, mais de toute façon tu fais attention à ce que tu manges, tu es pesé régulièrement pour la masse grasse. J’ai la chance d’avoir une femme italienne qui me fait à manger ! J’aime bien manger, j’aime bien les restau, j’aime les bons trucs. Mais la majorité du temps, ça reste sain.

Autre phénomène, les casques sur les oreilles avant les matchs, qu’est-ce qu’on trouve dans la playlist d’Olivier Werner ?

Je suis ouvert par rapport à la musique, j’écoute de tout. Ça m’arrive d’écouter de la musique avant les matchs, mais je n’en fais pas une fixation. Je ne suis pas trop dans ce mouvement là : casques, tatouages. Je suis un peu vieux pour ça !

« Le président vivait sur une autre planète »

Revenons à ta carrière. En 2005/2006 tu pars en prêt au Royal-Excelsior en deuxième division, tu t’imposes comme titulaire et tu goûtes à la sélection de jeunes sans pouvoir jouer. Est-ce une frustration ?

J’ai fait toutes les sélections nationales jusqu’aux espoirs. En espoir, on devait jouer les jeux olympiques. J’ai eu une blessure au mauvais moment et je n’ai pas fait les jeux. On partait à trois gardiens, avec Mignolet et Bailly.

La saison suivante, tu repars en prêt au FC Malines, tu joues, mais cela passe mal avec l’entraîneur, c’est ça ?

C’est le seul entraîneur avec qui je me suis un peu bouffé. C’était un jeune entraîneur et moi j’étais un jeune joueur ! Mais c’est un entraîneur qui est réputé pour avoir des problèmes, encore à l’heure actuelle.

Mais ça ne s’est pas si mal passé. J’ai été blessé pendant 5 semaines et sinon j’ai tout joué. Et on monte à la fin. C’était un chouette club, avec des supporters incroyables. On était en L2, c’était un stade de 15000 et on jouait devant 13000 personnes tous les week-ends. On a fait un beau parcours en coupe et on monte. C’est un grand souvenir. Le seul couac qui fait que je ne reste pas à Malines, c’est le coup de froid avec l’entraîneur.

Même avec les bons résultats sportifs ?

Je pars pour signer mon contrat là-bas. Je discute avec la direction, l’entraîneur des gardiens. On est en pleine négociation, on tombe d’accord. Et le jour où je dois aller signer mon contrat, ça ne se fait pas. Derrière ils font un autre gardien, qui a été catastrophique. Après 3 ou 4 mois, ils doivent re-transférer derrière. Et moi, je signe au FC Brussel, avec Albert [Cartier].

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crédits photos http://www.brusselsphotos.be/

Du coup, pas de transfert au FC Malines mais tu signes 3 ans au FC Brussel, en 1ère division. Tu n’es pas titulaire mais cette saison là tu croises un certain Albert Cartier (qui sera limogé en cours de saison) ?

J’ai joué dans deux clubs avec Albert, avant de venir ici. Au FC Brussel, j’arrive dans un club avec un potentiel énorme, mais qui a été repris par un président fou furieux. Quand il n’y avait pas de résultats, il descendait dans le vestiaire à la mi-temps. C’était folklorique.

Je me fais le ménisque, mais je rejoue en fin de saison. Et derrière, je peux partir. J’ai l’occasion de signer dans deux tops clubs en Belgique, mais le président me bloque. Ça c’est des regrets. Il vivait sur une autre planète. Tu n’as plus les cartes en mains et c’est un imbécile qui joue avec ton avenir. Je peux tout à fait comprendre que dans certaines situations un président ne laisse pas partir, mais là c’était incroyable. Pour une histoire de montant de transfert. Je suis resté là et j’ai pris mon mal en patience.

« Je me blesse au pire des moments »

Tu fais deux ans, avec de bonnes saisons.

Oui, je joue régulièrement, j’ai un bon rapport avec les supporters. Finalement, le coach part et je pars aussi jouer chez un promu en division 1 [KAS Eupen], en cours d’année. Et là, je retrouve Albert.

C’est le hasard ?

Oui, tout à fait le hasard. Quand j’arrive, c’est le gardien de l’équipe nationale serbe qui joue. Je commence sur le banc et après 10 matchs, je joue et, franchement, je fais une super saison. Simplement, je me blesse en fin de saison. Sur un centre en retrait, je sors, je prends le ballon, mais l’attaquant frappe dans mon poignet. J’ai le poignet explosé en quatre.

On avait trois-quatre points d’avance sur la relégation. On joue les play-off. On gagne les play-off avec le coach. Mais le président qui était assez spécial aussi décide de changer d’entraîneur. Et finalement, on descend [après les play-off, il reste à jouer le tour final de D2]. Quand l’entraîneur se fait virer, je pense que la majorité des joueurs ne veulent plus jouer, alors qu’on avait une sacrée équipe. On avait des joueurs d’une qualité incroyable, on n’aurait jamais du descendre. Tu vois où ils sont maintenant, ce sont de top joueurs.

Il y avait Zukanović qui joue en Italie, Miličević qui joue à Gand et est en équipe nationale. Tu avais Jadid qui a fait toute sa carrière en Italie, Vandenbergh, l’ancien meilleur buteur de la ligue 1 en Belgique. Il y a sept, huit gros joueurs dans l’équipe.

Il y a toujours eu des histoires compliquées. Dans ma carrière, le brin de chance m’a manqué. A cette époque là, je suis jeune, j’ai 25-26 ans. Je suis considéré dans le top 3 des gardiens jouant en Belgique. On parle de moi dans trois gros clubs et je me blesse au pire des moments. Les transferts ne se font pas.

Tu rebondis en tant que doublure chez un nouveau promu ?

Je suis transféré à Mons, un chouette club, un petit club wallon, mais avec pas mal de moyens. J’ai fait trois ans à Mons. Les deux premières années se sont super bien passées. La première année, je détrône le monument du club, Cédric Berthelin, qui a joué 8-9 ans là-bas, un français passé par Lens, qui est toujours un de mes meilleurs amis.

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Olivier avec Mons @photonews

C’était lui le numéro 1. Il était plus sur la fin de carrière. Je partais comme numéro 2. Après la première partie de saison, je reprends les rênes. Je fais une grosse fin de saison, mais le président ne me laisse pas partir. Je refais une saison. J’ai des options pour partir.

Mais, en Belgique, il y a deux gros présidents, et les deux je les ai eu. Il dit « mon numéro 1 ne part pas ». Je vais un peu au clash. Et deux semaines après, je suis sur le banc. En décembre, je dois signer à Anderlecht, mais il ne veut pas. On parle d’argent, on se met d’accord sur un montant. Et quand on arrive pour signer, il dit « non, non, non, je veux le double ». Il me restait six mois de contrat. Je suis resté jusqu’à la fin.

Finalement le club descend en deuxième division. Nous sommes en 2014/2015 et tu repars dans un nouveau club promu, le cercle de Bruges.

Ce sont d’excellents souvenirs. Le pire était derrière moi. Personnellement, je m’éclate, les gens m’adorent là-bas. Je suis un peu la coqueluche, alors que pour un francophone, en Flandre, ça peut être un peu compliqué. Ça se passe super bien avec mes partenaires.

« De la plus grande joie à la plus grande solitude en 3 minutes »

Titulaire toute la saison, ton club descend encore. Avec 4 descentes avec 4 clubs, Olivier Werner est-il définitivement chat noir en Belgique ?

A la 89e minute, on gagne 2-0, on est maintenu. A la 92e minute, on est battu 3-2 et on joue les play-off pour ne pas descendre. Ça a été un cauchemar en trois minutes. On prend un premier but sur un hors-jeu. Le deuxième but, le défenseur accroche et ça fait pénalty. C’est un truc de fou. On est à 2-2, on a besoin de trois points, on pousse pour marquer et sur un contre, on prend le troisième. C’est incroyable de passer comme ça de moments de joie à la solitude en trois minutes.

C’est pour ça qu’ici quand on s’est sauvé, au dernier match, j’ai eu une réaction sincèrement incroyable. Toute la saison tu galères. Je pense que les gens ne se rendent pas bien compte. Même les joueurs, quand tu ne l’as pas vécu, on se rend pas forcément compte de ce qu’implique une descente. Et pour les joueurs et pour le club, pour les gens qui y travaillent. Quand un club descend, un employé sur deux est mis à la porte. Tu as l’impression de travailler dans le même endroit, mais ce n’est plus le même club.

L’année passée, psychologiquement, ça a été une saison très compliquée. Quand tu joues pour le maintien, c’est toujours compliqué, mais quand je signe ici on parle de montée et derrière tu joues ta tête. Je comprends les supporters qui critiquent quand tu fais de la merde. Mais dans le vestiaire, psychologiquement c’est compliqué. Moi je suis quelqu’un qui ne lâche jamais. Je suis même excessif par rapport à ça, aux entraînements et aux matchs. Mais parfois, c’est très compliqué.

Il y a une pression négative ?

Oui, c’est le problème, quand tu arrives dans ce cycle où tu joues pour te maintenir. Ou alors tu t’en fous et tu penses que de toute façon tu vas retrouver un autre club. Mais ce n’est pas vrai. Il ne faut pas croire.

J’ai connu ça. Quand tu descends avec ton club, ta valeur diminue, tu as beau avoir fait un bonne saison. Parfois les jeunes sont un peu naïfs. Ils vivent un peu sur leur nuage et sur un truc de bisounours parce qu’ils entendent que « lui a fait ça », « lui a signé ici pour autant », etc. Il faut garder les pieds sur terre.

Cette mauvaise spirale, elle se ressent dans la position du gardien ? Il y a des efforts qui sont fait à moitié ?

Quand l’équipe ne tourne pas, c’est très compliqué de s’imposer individuellement. Tu vois qu’il y a des problèmes, l’un ne veut plus jouer avec l’autre. De l’extérieur, on ne le sait pas, mais quand on vit ça tous les jours, c’est chaud. Et c’est compliqué, toi, de sortir du lot et d’essayer de faire des trucs bien. Même si je pense qu’il n’y a pas de tricheurs. On veut tous faire de notre mieux. C’est pour ça que je dis que la coupe ici nous a fait énormément du bien. Ça nous a tiré vers le haut.

Ces quatre descentes en Belgique, elles pèsent encore dans la tête l’année dernière ?

Sur les quatre descentes, je pense qu’il y en a deux, où je pense que si on avait tous joué on ne serait pas descendu. Sans aucune prétention, attention. Il y en avait qui étaient évitables, d’autres inévitables.

L’avant-dernière descente avec Mons, j’ai pu jouer onze matchs ou douze matchs. Et je n’ai plus joué parce que le président ne m’a pas laissé partir. C’est comme ça. En décembre, je voulais partir. On me dit qu’on va trouver une solution. Il y a un moment donné quand tu fais les efforts et que tu es correct avec les gens, tu attends en retour quelque chose de correct. Et là c’était catastrophique. C’était des bagarres dans les vestiaires, c’était incroyable.

Les supporters te demandent pourquoi ça ne va pas sur le terrain. Venez voir tous les jours et vous comprendrez pourquoi ça ne va pas sur le terrain. Tu as tes deux défenseurs centraux qui ne se parlent plus. Tu as beau gueuler derrière… Tu vois de ces trucs parfois.

Retrouvez la suite de l’entretien sur l’arrivée à Sochaux et le métier de gardien dans la deuxième partie de l’interview.

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Auteur: Jon Bon Bonal

Converti de fraîche date, born again du Fc Sochaux, il écrit sur la tactique quand il ne déblatère pas en tribune nord.

Auteur: BonalBoy

Abonné depuis 1999 chez ce bon vieux Auguste. En tournée dans toute la France quand le vent le permet.

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